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    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après L'An Mille...

     

    1
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'Or sera dans le Sang
    Qui regardera les étoiles y comptera des deniers
    Qui entrera dans le Temple y rencontrera les marchands
    Les Souverains seront changeurs et usuriers
    Le Glaive défendra le Serpent

    Mais le feu couvera
    Chaque ville sera Sodome et Gomorrhe
    Et les enfants des enfants deviendront la nuée ardente
    Ils lèveront les vieux étendard

     

    2
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'Homme aura peuplé les Cieux et la Terre et les Mers de ses Créatures
    Il ordonnera
    Il voudra les pouvoirs de Dieu
    Il ne connaîtra aucune limite

    Mais chaque chose se retournera
    Il titubera comme un roi ivre
    Il galopera comme un chevalier aveugle
    Et à coup d'éperon il poussera sa monture dans la forêt
    Au bout du chemin sera l'abîme

     

    3
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Se dresseront en tous points de la Terre des Tours de Babel
    Ce sera Rome et ce sera Byzance
    Les champs se videront
    Il n'y aura de loi que de soi et de sa bande

    Mais les Barbares seront dans la ville
    Il n'y aura plus de pain pour tous
    Et les jeux ne suffiront plus
    Alors les gens sans avenir allumeront les grands incendies

     

    4
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    La faim serrera le ventre de tant d'hommes
    Et le froid bleuira tant de mains
    Que ceux-là voudront voir un autre monde
    Et des marchands d'illusions viendront qui proposeront le poison

    Mais il détruira les corps et pourrira les âmes
    Et ceux-là qui auront mêlé le poison à leur sang
    Seront comme bête sauvage prise au piège
    Et tueront et violeront et rançonneront et voleront
    Et la vie deviendra une apocalypse de chaque jour

     

    5
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Chacun cherchera à jouir tout ce qu'il peut
    L'Homme répudiera son épouse autant de fois qu'il se mariera
    Et la femme ira par les chemins perdus (creux) prenant celui qui lui plaira
    Enfantant sans donner le nom du Père

    Mais aucun Maître ne guidera l'Enfant
    Et chacun parmi les autres sera seul
    La tradition sera perdue
    La loi sera oubliée
    Comme si l'Annonce n'avait pas été faite et l'homme redeviendra sauvage

     

    6
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Le père prendra son plaisir avec sa fille
    L'homme avec l'homme la femme avec la femme
    Le vieux avec l'enfant impubère
    Et cela sera aux yeux de tous
    Mais le sang deviendra impur.

    Le mal se répandra de lit en lit
    Le corps accueillera toutes les putréfactions de la terre
    Les visages seront rongés les membres décharnés
    L'amour sera haute menace pour ceux qui ne se connaissent que par la chair

     

    7
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Celui qui parlera de Serment et de Loi ne sera pas entendu
    Celui qui prêchera la Foi du Christ perdra sa voix dans le désert
    Mais partout se répandra les eaux puissantes des religions infidèles

    De faux messies rassembleront les hommes aveuglés
    Et l'infidèle armé sera comme jamais il ne fut
    Il parlera de justice et de droit et sa foi sera brûlante et tranchante
    Il se vengera de la Croisade

     

    8
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Le bruit de la mort donnée roulera comme l'orage sur la terre
    Les barbares seront mêlés aux soldats des dernières légions
    Les Infidèles vivront dans le cœur des Villes Saintes
    Chacun sera tour à tour barbare, infidèle et sauvage
    Il n'y aura plus d'ordre ni de règle.

    La haine se répandra comme la flamme dans la forêt sèche
    Les barbares massacreront les soldats
    Les infidèles égorgeront les croyants
    La sauvagerie sera de chacun et de tous et les villes périront

     

    9
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Les hommes se jugeront entre eux selon leur sang et leur foi
    Nul n'écoutera le cœur souffrant des enfants
    On les dénichera comme des oisillons
    Et personne ne saura les protéger de la main raidie par le gantelet.

    La haine inondera les terres qui se croyaient pacifiées
    Et nul ne sera épargné ni les vieux ni les blessés
    Les maisons seront détruites ou volées
    Les uns prendront la place des autres
    Chacun fermera les yeux pour ne pas voir les femmes violées

     

    10
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Chacun saura ce qui est en tous les lieux de la terre
    On verra l'enfant dont les os percent la peau
    Et celui dont les yeux sont couverts de mouches
    Et celui qu'on pourchasse comme un rat.

    Mais l'homme qui verra détournera la tête
    Car il ne se souciera que de lui
    Celui-là donnera une poignée de grains comme aumône
    Alors qu'il dort sur des sacs pleins
    Et ce qu'il donnera d'une main il le reprendra de l'autre

     

    11
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'homme fera marchandise de tout
    Chaque chose aura son prix
    L'arbre, l'eau et l'animal
    Plus rien ne sera vraiment donné et tout sera vendu
    Mais l'homme alors ne sera plus que poids de chair

    On troquera son corps comme un quartier de viande
    On prendra son œil et son cœur
    Rien ne sera sacré, ni sa vie ni son âme
    On se disputera sa dépouille et son sang comme une charogne à dépecer

     

    12
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'homme aura changé le visage de la terre
    Il se voudra le Maître et le Souverain des forêts et des troupeaux
    Il aura creusé le sol et le ciel
    Et tracé son sillon dans les fleuves et les mers
    Mais la terre sera nue et stérile.

    L'Air deviendra brûlant et l'eau sera fétide
    La vie se fanera car l'homme épuisera la richesse du monde
    Et l'homme sera seul comme un loup
    Dans la haine de lui



    13
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'enfant sera lui aussi vendu
    Certains se serviront de lui comme d'une quintaine (*)
    Pour jouir de sa neuve peau
    D'autres le traiteront comme un animal servile
    On oubliera la faiblesse sacrée de l'enfant
    Et son mystère.

    Il sera comme un poulain qu'on dresse
    Comme un agneau qu'on saigne qu'on abat
    Et l'homme ne sera plus rien que barbarie

     

    14
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Le regard et l'esprit des hommes seront prisonniers
    Ils seront ivres et l'ignoreront
    Ils prendront les images et les reflets pour la vérité du monde
    On fera d'eux ce que l'on fait d'un mouton.

    Alors les carnassiers viendront
    Les rapaces les mettront en troupeau pour mieux les guider vers l'abîme et les dresser les uns contre les autres
    On les écorchera pour prendre leur laine et leur peau
    Et l'homme s'il survit sera dépouillé de son âme

     

    15
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Régnerons des Souverains sans croyance
    Ils ordonneront aux foules humaines innocentes et passives
    Ils cacheront leurs visages et garderont leurs noms secret
    Et leurs châteaux forts seront perdus dans les forêts
    Mais ils décideront du sort de tout et de tous.

    Personne ne participera aux assemblées de leur ordre
    Chacun sera vrai serf et se croira homme libre et chevalier
    Seuls se dresseront ceux des villes sauvages et des fois hérétiques
    Mais ils seront d'abord vaincus et brûlés vifs

     

    16
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Les hommes seront si nombreux sur les terres
    Qu'ils ressembleront à une fourmilière dans laquelle on enfonce le bâton
    Ils grouilleront et la mort les écrasera du talon
    Comme des insectes affolés
    De grands mouvements les pousseront d'une contrée à l'autre.

    Les peaux brunes se mêleront aux peaux blanches
    La Foi du Christ à celle de l'Infidèle
    Certains prêcheront la paix jurée
    Mais partout ce sera la guerre des tribus ennemies

     

    17
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Les hommes voudront franchir toutes les enceintes
    La mère aura les cheveux gris d'une vieille
    Le chemin de la nature sera abandonné
    Et les familles seront comme des grains séparés que rien ne peut unir.

    Ce sera donc un autre monde
    Chacun errera sans lien comme un cheval emballé
    Allant en tout sens sans guide
    Malheur au chevalier qui chevauchera cette monture
    Il sera sans étrier et chutera dans le fossé

     

    18
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Les hommes ne s'en remettront plus à la loi de Dieu
    Mais voudront guider leur vie comme une monture
    Ils voudront choisir leurs enfants dans le ventre de leurs femmes
    Et tueront ceux qu'ils n'aimeront pas
    Mais que sera l'homme qui se prendra ainsi pour Dieu ?

    Les Puissants se saisiront des meilleures terres et des plus belles femmes
    Les pauvres et les faibles seront du bétail
    Chaque masure deviendra donjon
    La peur sera en chaque cœur comme un poison

     

    19
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Un ordre noir et secret aura surgi
    Sa loi sera de haine et son arme le poison
    Il voudra toujours plus d'or et étendra son règne sur toute la terre
    Et ses servants seront liés entre eux par un baiser de sang
    Les hommes justes et les faibles subiront sa règle.

    Les Puissants se mettront à son service
    La seule loi sera celle qu'il dictera dans l'ombre
    Il vendra le poison jusque dans les églises
    Et le monde marchera avec ce scorpion sous son talon

     

    20
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Bien des hommes resteront assis les bras croisés
    Ou bien iront sans savoir où les yeux vides
    Car ils n'auront plus de forge où battre le métal
    Et plus de champ à cultiver.

    Ils seront comme une graine qui ne peut prendre racine
    Errants et démunis humiliés et désespérés
    Les plus jeunes et les plus vieux souvent sans lieux
    Ils n'auront que la guerre pour salut
    Et ils se combattront d'abord eux-mêmes et ils haïront leur vie



    21
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Les maladies de l'eau du ciel et de la Terre
    Frapperont l'homme et le menaceront
    Il voudra faire renaître ce qu'il a détruit et protéger ce qui demeure
    Il aura peur des jours qui viennent
    Mais il sera bien tard.

    Le désert rongera la terre et l'eau sera de plus en plus profonde
    Elle ruissellera certains jours en emportant tout comme un déluge
    Et elle manquera le lendemain à la terre
    Et l'air rongera le corps des plus faibles



    22
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    La terre tremblera en plusieurs lieux et les villes s'effondreront
    Tout ce que l'on aura construit sans écouter les sages sera menacé et détruit
    La boue submergera les villages et le sol s'ouvrira sous les Palais
    L'homme s'obstinera car l'orgueil est sa folie
    Il n'entendra pas l'avertissement répété de la terre.

    Mais l'incendie détruira les nouvelles Rome
    Et dans les décombres accumulés
    Les pauvres et les barbares pilleront malgré les Légions les richesses abandonnées

     

    23
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Le soleil brûlera la terre
    L'Air ne sera plus le voile qui protège du feu
    Il ne sera qu'un rideau troué
    Et la lumière brûlante rongera les peaux et les yeux.

    La mer s'élèvera comme une eau qui bout
    Les villes et les rivages seront ensevelies
    Et des continents entiers disparaîtront
    Les hommes se réfugieront sur les hauteurs
    Et ils reconstruiront oubliant déjà ce qui est survenu

     

    24
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Les hommes sauront faire vivre des mirages
    Les sens seront trompés et ils croiront toucher ce qui n'est pas
    Ils suivront des chemins que seuls les yeux verront
    Et le rêve pourra ainsi devenir vivant.

    Mais l'homme ne saura plus séparer ce qui est de ce qui n'est pas
    Il se perdra dans de faux labyrinthes
    Ceux qui sauront faire naître des mirage
    Se joueront de l'homme naïf en le trompant
    Et beaucoup d'hommes deviendront des chiens rampants

     

    25
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Les animaux que Noé avait embarqués sur son Arche
    Ne seront plus entre les mains de l'Homme
    Que bêtes transformées selon sa volonté
    Et qui se souciera de leur souffrance vivante?
    L'homme aura fait de chaque espèce ce qu'il aura voulu
    Et il en aura détruit d'innombrables.

    Que sera devenu l'homme qui aura changés les lois de la vie ?
    Qui aura fait de l'animal vivant une motte de glaise ?
    Sera-t-il l'égal de Dieu ou l'enfant du Diable ?

     

    26
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Il faudra avoir peur pour l'enfant de l'homme
    Le poison et le désespoir le guetteront
    On ne l'aura désiré que pour soi et non pour lui ou pour le monde
    Il sera traqué pour le plaisir et parfois on vendra son corps
    Mais même celui qui sera protégé par les siens
    Sera menacé d'avoir l'esprit mort.

    Il vivra dans le jeu et le mirage
    Qui le guidera puisqu'il n'y aura plus maître
    Personne ne lui aura enseigné à espérer et à agir

     

    27
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'homme se croira Dieu alors qu'il ne sera rien de plus qu'à sa naissance
    Il frappera toujours vaincu par la colère et la jalousie
    Mais son bras sera armé de la puissance dont il se sera emparé
    Et Prométhée aveuglé il pourra tout détruire autour de lui.

    Il restera un nain de l'âme et il aura la force d'un géant
    Il avancera d'un pas immense mais il ignorera quel chemin prendre
    Sa tête sera lourde de savoir
    Mais il ne saura pas pourquoi il vit et il meurt
    Il sera comme toujours le fou qui gesticule ou l'enfant qui geint

     

    28
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Des contrées entières seront la proie de la guerre
    Au-delà du limès (*) romain et même sur l'ancien territoire de l'Empire
    Les hommes des mêmes cités s'égorgeront
    Ici sera la guerre entre tribus et là entre croyants.

    Les Juifs et les enfants d'Allah n'en finiront pas de s'opposer
    Et la terre du Christ sera leur champ de bataille
    Mais les infidèles voudront partout défendre la pureté de leur foi
    Et il n'y aura en face d'eux que doute et puissance
    Alors la mort s'avancera partout comme l'étendard des temps nouveaux

     

    29
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Des hommes en multitude seront exclus de la vie humaine
    Ils n'auront ni droits ni toit ni pain
    Ils seront nus et n'auront que leurs corps à vendre
    On les rejettera loin des tours de Babel de l'opulence
    Ils grouilleront comme un remords et une menace
    Ils occuperont des contrées entières et prolifèreront.

    Ils écouteront les prédications de la vengeance
    Et ils se lanceront à l'assaut des tours orgueilleuses
    Le temps sera revenu des invasions barbares

     

    30
    Lorsque commencera l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'homme sera entré dans le labyrinthe obscur
    Il aura peur et il fermera les yeux car il ne saura plus voir
    Il se défiera de tout et il craindra à chaque pas
    Mais il sera poussé en avant car aucune halte ne sera permise
    La voix de Cassandre sera pourtant haute et forte
    Il ne l'entendra pas.

    Car il voudra toujours plus posséder et sa tête sera perdue dans les mirages
    Ceux qui seront ses Maîtres le tromperont
    Et il n'y aura que des mauvais bergers


     

    Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille

     

    31
    Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Les hommes auront enfin ouvert les yeux
    Ils ne seront plus enfermés dans leurs têtes et dans leurs cités
    Ils se verront et s'entendront d'un point à l'autre de la terre
    Ils sauront que ce qui frappe l'un blesse l'autre
    Les hommes formeront comme un grand corps unique
    Dont chacun d'eux sera une part infime.

    Et ils constitueront ensemble le cœur
    Et il y aura enfin une langue qui sera parlée par tous
    Et il naîtra ainsi enfin le grand humain

     

    32
    Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'homme aura conquis le ciel
    Il créera des étoiles dans la grande mer bleu sombre
    Et il naviguera sur cette nef brillante
    Nouvel Ulysse compagnon du Soleil pour l'Odyssée Céleste

     

    33
    Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Les hommes pourront s'enfoncer sous les eaux
    Leur corps sera nouveau et ils seront poissons
    Et certains voleront haut plus haut que les oiseaux
    Comme si la pierre ne tombait pas
    Ils communiqueront entre eux
    Car leur esprit sera si grand ouvert qu'il recueillera tous les messages
    Et les rêves seront partagés
    Et ils vivront aussi longtemps que le plus vieux des hommes
    Celui dont parle les Livres Saints

     

    34
    Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'homme saura quel est l'esprit de toute chose
    La pierre ou l'eau le corps de l'animal ou le regard de l'autre
    Il aura percé les secrets que les Dieux anciens possédaient
    Et il poussera porte après porte dans le labyrinthe de la vie nouvelle
    Il créera avec la puissance et le jaillissement d'une source
    Il enseignera le savoir à la multitude des hommes
    Et les enfants connaîtront la terre et le ciel plus qu'aucun avant eux
    Et le corps de l'homme sera agrandi et habile
    Et son esprit aura enveloppé toutes choses et les aura possédées

     

    35
    Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'homme ne sera plus le seul souverain car la femme viendra saisir le sceptre
    Elle sera la grande maîtresse des temps futurs
    Et ce qu'elle pensera elle l'imposera aux hommes
    Elle sera la mère de cet An Mille qui vient après l'An Mille
    Elle répandra la douceur tiède de la mère après les jours du Diable
    Elles sera la beauté après la laideur des temps barbares
    L'An Mille qui vient après l'An Mille se changera en temps léger
    On aimera et on partagera
    On rêvera et on enfantera les rêves

     

    36
    Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'homme connaîtra une seconde naissance
    L'Esprit saisira la foule des hommes
    Qui communieront dans la fraternité
    Alors s'annoncera la fin des temps barbares
    Ce sera le temps d'une nouvelle vigueur de la Foi
    Après les jours noirs du commencement de l'An Mille qui vient après l'An Mille
    S'ouvriront des jours heureux
    L'homme retrouvera le chemin des hommes
    Et la terre sera ordonnée

     

    37
    Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Des voies iront d'un bout à l'autre de la terre et du ciel à l'autre bout
    Les forêts seront à nouveau denses
    Et les déserts auront été irrigués
    Les eaux seront redevenues pures
    La terre sera comme un jardin
    L'Homme veillera sur tout ce qui vit
    Il purifiera ce qu'il a souillé
    Il sentira toute la terre comme sa demeure
    Et il sera sage pensant aux lendemains

     

    38
    Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille
    Chacun sera comme un pas réglé
    On saura tout du monde et de son corps
    On soignera la maladie avant qu'elle n'apparaisse
    Chacun sera guérisseur de soi et des autres
    On aura compris qu'il faut aider pour maintenir
    Et l'homme après des temps de fermeture et d'avarice
    Ouvrira son cœur et sa bourse aux plus démunis
    Il se sentira chevalier de l'ordre humain
    Et ainsi ce sera un temps nouveau qui commencera

     

    39
    Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'homme aura appris à donner et à partager
    Les jours amers de solitude seront enfouis
    Il croira à nouveau à l'esprit
    Et les barbares auront acquis droit de cité
    Mais cela viendra après les guerres et les incendies
    Cela surgira des décombres noircies des tours de Babel
    Et il aura fallu la poigne ferrée
    Pour que s'ordonne le désordre
    Et que l'homme retrouve le bon chemin

     

    40
    Lorsque ce sera le plein de l'An Mille qui vient après l'An Mille
    L'homme saura que tous les vivants sont porteurs de lumière
    Et qu'ils sont créatures à respecter
    Il aura construit les nouvelles cités
    Dans le ciel sur la terre et sur la mer
    Il aura la mémoire de ce qui fut
    Et il saura lire ce qui sera
    Il n'aura plus peur de sa propre mort
    Car il aura dans sa vie vécu plusieurs vies
    Et la Lumière il le saura ne sera jamais éteinte.

     

     

    Source:

    www.secretebase.com

     

    plus d'articles sur mon autre blog:

    http://lavraierealite.eklablog.com

     

     

     

     

     

     

     

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    L'alphabet, ce sont les signes en usage dans une langue, rangés selon un ordre toujours identique.
    (Chronique de l'humanité)

     

    L'alphabet est liste de toutes les lettres servant à transcrire les sons d'une langue et énumérée selon un ordre conventionnel.
    (Larousse)

     

    Le mot alphabet vient des lettres alpha et bêta, premières lettres de l'alphabet grec.
    Système d'un trentaine de signes graphiques permettant par leurs différentes combinaisons de transcrire les sons d'une langue (Bibliothèque Nationale de France)

     

    Afficher l'image d'origine 

    Ecriture sumérienne 

    Liste de noms propres.

     

    Tracée sur du calcaire, cette tablette pictographique sumérienne date de la fin du IVe millénaire. By Villamota

    Au IVe millénaire avant notre ère se développe dans le sud de l’Irak actuel, une culture différente.

    L’accroissement de la production agricole et le développement d’échanges commerciaux permettent aux Sumériens de créer une économie.


    Pour la première fois, une organisation sociale hiérarchisée apparaît.

     

     

    Ce passage d’une société agricole à une société urbaine oblige les Sumériens à créer un système d’écriture.

     

    En effet, l’invention et la pratique de l’écriture présupposent une emprise de l’homme sur son environnement matériel.

     


    Le niveau culturel et social nécessaire à une telle invention n’est atteint qu’à partir du IVe millénaire avant notre ère, dans les communautés agricoles du Proche-Orient, de l’Égypte et de l’Indus.


    L’écriture devient vite indispensable dans des civilisations qui adoptent des modes d’organisations sophistiquées.

    Hyeroglyphe

     

    Ecriture cuneiforme

    Texte d'astronomie rédigé en écriture cunéiforme découverte en Mésopotamie. By Villamota

     

    Des tablettes comportant une écriture cunéiforme mésopotamienne ont été mises au jour. 

    Ces tablettes, faites en argile fraîche et incisées au moyen d'un roseau taillé en pointe, étaient d'abord séchées au soleil, puis cuites au four.

    Elles mesuraient de deux à trente centimètres de large.

     

     

    Jetons d'argile

    Du calcul à l’écriture

     

    L’écriture des Sumériens s’est probablement développée à partir d’un système de calcul beaucoup plus ancien.

     

    On a retrouvé des petits jetons d’argile datant de 8 000 ans avant notre ère qui montrent des symboles :

    animaux, plantes, jarres.
     

     

    Ils semblent avoir été utilisés pour tenir des comptes d’exploitations agricoles.

    Texte sumerien

    DECOUVERT à BAGDAD

     

    Texte sumerien

    Du pictogramme à l’écriture cunéiforme

    La naissance et l’invention de l’écriture

    ont bouleversé la société et nous ont permis

    de conserver la mémoire du passé.


    Qu’est-ce que la civilisation ?

    Aucune définition n’a obtenu de consensus

    au sein de la communauté scientifique.

     

    Mais, il ne fait aucun doute que la naissance de l’écriture représente un progrès fondamental dans le développement de la civilisation.
     

    MESOPOTAMIE  ( IRAK )

    Officiellement, l’écriture est née à Sumer, en Mésopotamie,

    au IVe millénaire avant notre ère.

     

     

    Un Abécédaire qui est un livre illustré pour l'apprentissage de l'alphabet.

     

    Une Police, ou une Fonte, est la liste de tous les signes et lettres composant un assortiment de caractères.

     

    Un idéogramme est un signe qui symbolise une idée, comme dans l'écriture chinoise.

     

    Un pictogramme est un signe qui représente un être ou une chose, comme dans les hiéroglyphes.

      

    Ecriture cuneiforme

    Tablette gravée de caractères cunéiformes. (Assyrie. 865-860 avant notre ère).

    By Andrew Scott

     

    L'écriture cursive et son évolution

     

    L'écriture cursive

    Vers le début de l'Ancien Empire (autour de 2755 av. J.-C.), les Égyptiens avaient toutefois développé une écriture plus cursive qui remplaça les hiéroglyphes dans la très grande majorité des documents écrits à l'encre sur papyrus.

      

    Ce type d'écriture est qualifié de hiératique (du grec hieratikos, «sacerdotal »). Les Grecs l'avaient nommé ainsi parce que vers le VIIe siècle av. J.-C., il servait surtout à la transcription de textes religieux.

      

    Pour tous les autres types de texte, on utilisait une écriture encore plus cursive et entrelacée qu'on appelait le démotique (du grec demotikos, « populaire »).  

     

    L'écriture capitale latine
     
     
     
     
    A la fin du VIIIe siècle avant JC., les Romains adoptent le système d'écriture grecque: Capitalis monumentalis , qui influencera toutes les autres écritures latines postérieures. L'alphabet ne comporte alors que 23 lettres et sert surtout pour les inscriptions épigraphiques.
      
    Entre le IIe et IIIe siècle apr J.-C., se développe la minuscule cursive que les romains utilisaient pour tous leurs écrits. Les outils, style ou plume pointue, étaient utilisés sur des supports comme le papyrus, la cire, le bois ou l'argile. La cursive est à l'origine de l'écriture onciale.
     
     
     
    L'écriture mérovingienne
     
     
     
     
     
    L'écriture mérovingienne ou précarolingienneest utilisée en France aux VIIe et VIIIe siècles. Les scribes créent une nouvelle écriture claire et lisible fortement influencée par la minuscule cursive:
    la caroline minuscule qui prend une forme particulière selon les régions d'Europe de l'Ouest.

         

    L'écriture gothique

       

         

    Entre le XIIe et le XIIIe siècle se diffuse l'écriture gothique ou lettre noire qui est une déformation de la minuscule caroline.
      
    On écrivait alors avec une plume à pointe coupée
     

         

    L'écriture humaniste

       

         

    Parallèlement à l'écriture gothique le XVe siècle voit le développement d'un style d'écriture dit humaniste utilisée pour des textes classiques.

    Sa version ronde et cursive sert de modèle aux premiers imprimeurs italiens.

    A la même époque, dans tout l'Occident, le parchemin est supplanté par le papier fabriqué alors avec des chiffons et autres matériaux de récupération.

    Le papier, inventé par les Chinois au IIe siècle avait été introduit par les arabes en Europe vers le XIIe siècle.

    La fabuleuse histoire de l'écriture - Premiers systèmes

    En haut, écriture mérovingienne, en bas écriture caroline qui se distingue par sa lisibilité.

     

    ECRITURE: méthode de communication avec autrui par le moyen de signes visuels arbitraires formant un système.

     

    L'écriture peut être réalisée à partir de systèmes limités ou complets, un système complet permettant d'exprimer sans ambiguïté tout concept susceptible d'être formulé par le langage.

     

    Les premiers systèmes d’écriture

    Les premiers systèmes d’écriture étaient de nature pictographique idéographique.

     

    Parmi eux, il y a le cunéiforme des anciens Babyloniens et Assyriens, les hiéroglyphes égyptiens, les idéogrammes chinois, également utilisés en japonais, et l’écriture hiéroglyphique des Mayas.

      

    Ce qui transforme un système de ce type en alphabet ou en syllabaire, c’est l’emploi d’un pictogramme ou d’un idéogramme pour représenter un son, plutôt qu’un objet ou une idée.  

     

    L'écriture cunéiforme
     
     
     
     
      
     
    Tablette cunéiforme, Terre crue, fin du IVe millénaire,
    Mésopotamie du Sud, Epoque d'Uruk III.
     
     
    La plus ancienne écriture, l'écriture cunéiforme (signes en forme de coin), probablement inventée en Mésopotamie par les Sumériens, fut utilisée au Proche-Orient jusqu'au Ier millénaire av. J.-C.
     
    Ce mode d'écriture utilisait des traits en forme de clou, inscrits principalement sur des tablettes d'argile, mais aussi sur des pierres, des métaux, de la cire ou d'autres matériaux.
      
    Comportant à l’origine environ 1 400 symboles, elle est d’abord utilisée pour dresser des inventaires de biens et enregistrer des transactions sur des tablettes d’argile
     
    Elle évoluera pendant plusieurs siècles puis disparaîtra avec l’apparition du papyrus.

       

    Les hiéroglyphes

       

       

    Les hiéroglyphes sont des caractères utilisés dans n'importe lequel des systèmes d'écriture comportant des caractères pictographiques, c'est-à-dire qui représentent des objets reconnaissables.

       

    Les inscriptions hiéroglyphiques égyptiennes sont composées de deux types de signes de base : les idéogrammes (images représentant le sens du mot) et les phonogrammes
      
    (images représentant le ou les sons d'un mot). 
     
    Les Égyptiens utilisèrent les hiéroglyphes depuis l'époque du développement du système, vers 3200 av. J.-C., jusqu'à l'époque de l'Empire romain.
     
    La dernière inscription hiéroglyphique date de 394 apr. J.-C. La forme et le nombre des signes restèrent à peu près constants jusqu'à la période gréco-romaine (après 332 av. J.-C.), pendant laquelle le nombre de signes, en particulier celui des phonogrammes, augmenta beaucoup.

       

    Les idéogrammes chinois

       

         

    Comme d'autres écritures anciennes, le chinois écrit provient d'une symbolisation picturale. Il n'a évolué vers une représentation mot à mot de la langue que lorsque ses utilisateurs comprirent que certains termes trop abstraits pouvaient être indiqués par leur son, plutôt que par leur sens.

     

    Toutefois, à l'inverse des autres systèmes d'écriture, qui ont tous évolué vers une représentation alphabétique — c'est-à-dire essentiellement phonétique — des mots, le chinois fonctionne encore autant de manière pictographique que phonétique.

     

    En outre, la représentation des sons n'a pas suivi l'évolution de la langue parlée, et reflète toujours la prononciation d'il y a trois mille ans.

     

    La langue chinoise écrite attribue un symbole ou un caractère distinctif unique pour chaque mot de vocabulaire. La connaissance de deux mille ou trois mille caractères est nécessaire à sa lecture.

     

    Les écrits les plus anciens que l'on connaisse sont des oracles gravés sur des carapaces de tortue et des omoplates de bœuf, dus à des devins de cour de la dynastie des Shang, à partir du XIVe siècle av. J.-C.

     

    On trouve également en chinois des pictogrammes à valeur phonétique, c'est-à-dire l'emprunt du pictogramme d'un mot concret pour indiquer un mot abstrait ayant une prononciation identique ou très proche.

     

    Qin Shi Huangdi, premier souverain d'un empire chinois unifié, supprima de nombreuses transcriptions régionales pour imposer une écriture simplifiée et standardisée, appelée le « Petit Sceau ».
     
    Sous la dynastie Han (206 av. J.-C.-220 apr. J.-C.), le système se ramifia en divers styles : lishu, écriture des fonctionnaires, xingshu, écriture cursive, caoshu, écriture de brouillon, et kaishu, écriture régulière.
     
     
    Le chinois imprimé se conforme à l'écriture régulière. Les styles cursif et régulier ont introduit de nombreux caractères abrégés, employés aussi bien dans la calligraphie artistique que dans la correspondance commerciale ou privée, mais furent longtemps bannis des documents officiels. Devenue la norme en République populaire de Chine, l'impression des caractères abrégés reste proscrite à Taïwan.

         

    L’écriture hiéroglyphique des Mayas

         

       

    Les mayas écrivaient sur du papier fabriqué à partir de fibres végétales et utilisaient des pigments naturels pour l'encre ; ils gravaient également sur des stèles en pierre. Des codes de lois et des calendriers nous sont ainsi parvenus. L'écriture maya utilise à la fois des idéogrammes et des phonogrammes.

       

    Les peuples mayas créèrent un système d'écriture hiéroglyphique pour consigner leur mythologie, leur histoire et leurs rites sous forme d'inscriptions sculptées et peintes sur des stèles, des linteaux et des escaliers, ou peintes dans des livres formés de feuilles de papier en fibres végétales recouvertes d'une pellicule de chaux.
     
    Quatre de ces manuscrits nous sont parvenus :
     
    le codex Dresdensis, conservé à Dresde, le Peresianus, à Paris, le Tro et le Cortesianus, à Madrid. Ces livres, utilisés comme calendriers divinatoires, traitaient de thèmes comme l'agriculture, le temps, la maladie, la chasse et l'astronomie.

     

     

    SOURCES

    D.R.

     

    http://pedroiy.free.fr/alphabets/index.php?pg=http://pedroiy.

    free.fr/alphabets/phenicien.htm 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    L'HISTOIRE FABULEUSE de l'ECRITURE ARABE

     
     
     
     
     
    Les origines nabatéennes de l’écriture arabe
     
     
    LE DEVELOPPEMENT DE L’ECRITURE est chez les Arabes tardif du fait de leur état nomade qui favorisait surtout une culture orale. D’ailleurs, à la naissance de l’Islam, au début du VIIe siècle, le Coran fut d’abord diffusé par la tradition orale.
     
     
     
    Inscription nabatéenne de Aslah de Pétra, Ier siècle avant .J-C
     
     
    L’arabe appartient au groupe des écritures sémitiques consonnantiques ainsi appelées parce que de fait, seules les consonnes sont représentées.
      
    La plupart des spécialistes s’accordent aujourd’hui à penser, que l’écriture arabe dérive de l’écriture nabatéenne elle même d’origine araméenne. Les Nabatéens, installés sur les terres bibliques du royaume d’Edom en Arabie du Nord (actuelle Jordanie) vers le IVe siècle avant Jésus-Christ et dont la capitale était Pétra, parlait une langue araméenne et écrivait en araméen.
     
     
     
    Inscription nabatéenne de la tombe du poète Imru’ al-Qays à Namarah (328)
     
     
    Progressivement s’est développé une écriture cursive formelle spécifiquement nabatéenne qui se distinguait de l’araméen par la présence de ligatures.
      
    Ce développement s’est doublé d’une évolution dans la langue parlée par les Nabatéens avec l’introduction progressive de termes et de constructions grammaticales arabes.
      
    C’est ainsi que vers le 2e siècle après Jésus-Christ, les Nabatéens parlaient majoritairement arabe comme l’atteste l’origine arabe de leurs noms et ne conservaient l’araméen, dans une version arabisée, que comme langue officielle.
     
     
     
    Agrandissement inscription précédente
     
     
    L’écriture arabe est donc née aux alentours du VIe siècle de l’écriture cursive nabatéenne. Elle s’est progressivement répandue à l’époque de Mahomet à La Mecque puis à Médine. S’est ainsi développée la première écriture spécifiquement arabe, le Jazm, dont la raideur, l’angulosité et la proportion égale de ses lettres rappelle la graphie coufique.
      
    L’écriture Jazm devint bientôt celle de tous les Arabes et « assuma le statut de l’écriture sacrée que Dieu avait spécialement choisie pour transmettre à l’humanité son message divin. » (Safadi).
     
     
     
     
    Ecriture cursive ancienne tirée d’une inscription datée de 677
     
     

    Les premiers développements calligraphiques

     
    L FAUT SOULIGNER le rôle central que le Coran a joué dans la formation de l’écriture arabe. Le besoin de consigner le Coran par écrit obligea précisément les Arabes à réformer leur écriture et à l’embellir, pour la rendre digne de la révélation divine. Omar, ami du Prophète et futur calife, pressa le premier calife Abu Bakr de mettre le Coran par écrit; ce travail fut réalisé par le secrétaire du Prophète Zayd ibn Thabit.
      
    Cette rédaction, codifiée sous le troisième calife Othman, fut copiée en cinq exemplaires qui furent expédiés dans les principales contrées de l’empire. Les copies ultérieures du Coran sont dérivées de ces premiers exemplaires, réalisés à l’époque en Jazm.
      
    À cette époque apparurent des variantes médinoises et mecquoises du Jazm, le Mail (écriture couchée), le Mashq (écriture allongée) et le Naskh (inscriptionnel); seules les deux dernières perdurèrent
     
     
    Le successeur de Othman, le cousin de Mahomet et son beau-fils, Ali Ibn Ani Talib est considéré comme le premier maître de la calligraphie en développant un style particulier de coufique.
     
     
     
     
    Écriture Mashq d’un Coran
     
    Les Écritures Coufiques
     
     
    L’écriture coufique est née à Kufah, dans la deuxième décennie de l’ère islamique. Grandement inspirée de l’écriture de la ville voisine de Hirah, al-Khatt al-Kufi (« écriture coufique » en arabe) est caractérisée par une graphie originale fondée sur son angulosité et ses formes carrées prononcées, faites de courts traits verticaux et de lignes horizontales prolongées. Contrastant avec ces verticales basses, les lignes horizontales sont allongées.
     
     
    Parallèlement, l’écriture Mashq développa des caractéristiques individuelles et devint légèrement plus cursive, avec un profil vertical bas et des traits horizontaux allongés.
     
     
     
     
    Inscription coufique omeyyade aux lettres triangulaires, dédicace d’un bassin construit pour le Calife Hisham (724-743)
     
     
    L’écriture coufique atteignit sa perfection dans la seconde moitié du VIIIe siècle et acquit de facto une prééminence qui dura plus de trois siècles: elle devint l’unique écriture employée pour la copie du Coran.
      
    L’austérité des origines, fut alors dépassée avec le développement de l’écriture coufique ornementale. Son élégance simple en fit une écriture très prisée pour des usages épigraphiques. Son développement se poursuivit jusqu’au XIIe siècle, date à laquelle l’écriture devint essentiellement décorative.
     
     
     
     
    Coufique fleuri
     
     
    Le Coufique oriental est une variante développée par les Perses à la fin du Xe siècle qui se distingue du Coufique traditionnel par ses longs déliés qui restent verticaux, avec des barbelures au sommet, et ses traits courts inclinés ou penchés vers la gauche, donnant ainsi un mouvement dynamique vers l’avant.
      
    La plus fameuse de ces écritures est l’écriture Qarmate dans laquelle les caractères du Coufique oriental sont intégrés à un fond richement enluminé, fait de motifs floraux et d’arabesques.
     
     
     
     
     
    Ecriture qarmate
     
     
    Réformes et codification de l’écriture arabe
     
     
    OUR REPONDRE au besoin impérieux d’apprendre l’arabe aux nouvelles contrées conquises par les Musulmans, il s’avéra rapidement impérieux de conduire certaines réformes afin d’établir de manière définitive la pronociation correcte du Coran.
     
     
     
    La réforme de l’écriture arabe
     
     
    Abou al-Aswad al-Douali (?-688) fut le fondateur de la grammaire arabe et inventa le système de signes diacritiques qui consiste à placer de grands points colorés pour indiquer les éléments du discours arabe non représenté par des lettres.
     
     
    Ce travail fut complété par le vice-roi omeyyade al-Hajjaj Ibn Yousouf al-Thaqafi, qui pour régler le problème de la différenciation des consonnes qui partageaient une forme identique, demanda à Nasr Ibn Asim et Yahya Ibn Yamour d’imaginer un système fondé sur l’usage de petits points noirs placés au-dessus et au-dessous du contour de la lettre par groupes de deux ou trois.
     
     
    Le développement des écritures cursives
     
     
     
    L’écriture arabe, depuis ses origines, s’est divisée en deux très larges catégories - le Moqawwar wa-Modawwar (incurvée et arrondie) et le Mabsot wa-Mostaqim (allongée et droite).
      
    Le Mashq et le Coufique appartiennent à la deuxième catégorie.
     
     
    La catégorie incurvée et arrondie remonte à la première décennie de l’ère musulmane et certainement, plus anciennement encore, à la période pré-islamique. Longtemps, elle n’a servi que pour des usages profanes.
     
    Sous les Omeyyades, les écritures Tomar, Jalili, Nisf et Tholoth furent ébauchées. Mais c’est le Jalil et le Tomar qui furent les écritures officielles des califes omeyyades. Les écritures Nisf et Tholoth dérivent directement du Jalil, écriture monumentale.
      
    Le degré de cursivité de ces dernières a la particularité d’augmenter à mesure que la taille des lettres diminue.
     
     
     
     
    Bismillah en Tholoth
     
     
    Ce fut le génie d’Abou Ali Ibn Moqlah (846-940), vizir des trois califes abassides al-Moqtadir (908-932), al-Qahir (932-934), al-Radi (934-940), et sa connaissance de la science géométrique qui introduisirent l’étape la plus importante dans le développement de la calligraphie arabe.
      
    Ibn Moqlah se fixa comme tâche de dessiner une écriture cursive qui soit à la fois belle et parfaitement proportionnée.
     
     
    Il instaura un système global de règles calligraphiques de base, fondé sur le point en losange comme unité de mesure. Il redessina le contour géométrique des lettres et corrigea leur forme et leur taille au moyen du point, de l’Alef et du cercle.
      
    Il s’agit de faire un Alef qui est « calligraphié et mesuré avec la pensée », puis de dessiner un cercle dont le Alef est le diamètre. Chaque lettre a pour base ce cercle.
     
     
     
     
     
    Alef et cercle étalon Alef tracé d’après l’échelle des sept points en losange
     
     
    Ce faisant, Ibn Moqlah a doté l’art calligraphique arabe de règles scientifiques précises, d’après laquelle chaque lettre, pourvue d’une discipline rigoureuse, est rattachée aux trois unités standards que sont le point, le Alef et le cercle.
      
    Cette méthode d’écriture, baptisée al-Khatt al-Mansob, fut perfectionnée par ses élèves dont le plus célèbre est Ibn al-Bawbab (?-1022).
      
    Pour comprendre l’importance d’Ibn Moqlah dans l’histoire de l’écriture arabe, il est possible de citer Abdullah Ibn al-Zariji, qui au Xe siècle remarquait: « Ibn Moqlah est un prophète dans l’art de la calligraphie. Son cadeau est comparable à l’inspiration des abeilles lorsqu’elles construisent les alvéoles. »
     
     
    Progressivement, les écritures cursives, surtout le Tholoth, commencèrent à pouvoir rivaliser pour la copie du Coran avec les écritures coufiques.
     
     
     
     
    Lettre ‘Ayn dans le système de proportion
     
     
    Les six écritures principales de la tradition classique
     
    PARTIR DU NASKHI, le calligraphe Ibn Moqlah identifia six styles d’écriture :
     
     
     
    LeTholoth
     
     
    Le Tholoth, apparu au VIIe siècle, est une écriture statique et monumentale, essentiellement utilisée à des fins décoratives dans les manuscrits et les inscriptions.
      
    Elle a également été utilisée pour la copie des Corans, surtout pour les têtes de chapitre et les colophons. On la considère comme la plus importante des écritures ornementales.
     
     
     
     
    Ecriture Tholoth
     
     
    LeNaskhi
     
     
    Le Naskhi, dont les origines remontent au VIIIe siècle, est apparue dans sa forme systématisée au IXe siècle. Considérée comme peu élégante, elle était surtout utilisée pour la correspondance ordinaire.
      
    Avec l’arrivée du papier, qui remplaça le parchemin, et grâce à Ibn al-bawbab qui en fit une écriture élégante, ce style gagna ses lettres de noblesse et servit d’écriture principale de Corans.
      
    À ce jour d’ailleurs, il y a plus de Corans copiés en Naskhi que dans toutes les autres écritures arabes réunies.
      
    Elle est presque toujours formée de courts traits horizontaux et de verticales d’égale hauteur au-dessus et au-dessous de la ligne médiane. Les courbes sont pleines et profondes, les jambages droits et verticaux, les mots bien espacés en général.
     
     
     
     
     
    Ecriture Naskhi
     
     
    LeMohaqqaq
     
     
     
    Le Mohaqqaq était originellement une écriture dont les lettres étaient moins angulaires que le Coufique, avec des ligatures bien espacées; l’ensemble était « produit avec méticulosité » comme son nom l’indique.
      
    Avec la découverte du papier autour de 750, l’écriture acquit une certaine rondeur qui la rendit plus facile à tracer et devint l’écriture favorite des scribes. Modifiée par Ibn Moqlah, elle conserva ses déliés allongés sans presque de pleins ni d’enjolivures accusées sous les lignes.
      
      
    Cela en fit l’écriture favorite des Corans de grand format.
     
     
    LeRayhani
     
     
     
    Le Rayhani, né au IXe siècle a des liens de parenté certains avec le Naskhi et le Tholoth.
      
    Elle est caractérisée par la finesse de ses lettres, finesse accentuée parce que le traits et les fioritures des lettres se terminent en pointes aiguës, et que les signes diacritiques sont très fins et toujours appliqués à l’aide d’une plume différente, dotée d’une entaille beaucoup plus petite.
      
      
    Elle est également considérée comme la sœur du Mohaqqaq car, entre autre, le centre des boucles des lettres n’est jamais rempli. Néanmoins, à la différence du Mohaqqaq, il utilise pleinement les fioritures sublinéaires, comme le Tholoth.
      
      
    Le Rayhani fut surtout prisé pour les grands Corans par les Perses.
     
     
    LeTawaqi
     
     
    Le Tawaqi (signature) est issu de l’écriture Riyasi, que les califes abbassides utilisèrent pour signer leur nom et leur titre. Plus arrondie que le Tholoth, l’écriture Tawaqi est assez proche de l’écriture Riqa, mais s’en distingue par des lignes plus épaisses, des courbes plus arrondies, ce qui lui donne une apparence beaucoup plus lourde.
      
    Elle est également plus grande et plus élégante que le Riqa ce qui en fera une écriture utilisée pour les occasions importantes.
     
     
    LeRiqa
     
     
     
    L’écriture Riqa (petite feuille) provient à la fois du Naskhi et du Tholoth. La forme géométrique de ses lettres et particulièrement les fioritures des finales, ressemble beaucoup à celles du Tholoth, mais elle est bien plus petite et dotée de courbes plus arrondies et ses Alefs ne sont jamais écrits avec des barbelures.
      
    Le centre des boucles des lettres est invariablement rempli, les lignes horizontales sont très courtes et les ligatures structurées avec densité, les finales étant souvent attachées aux initiales. Son emploi fut réservé au courrier personnel et pour les livres profanes de moyen format.
      
    C’est aujourd’hui l’écriture manuscrite la plus employée dans le monde arabe.
     
     
     
    Ecriture Riqa
     
     
    LeTomar
     
     
     
    Il est possible d’ajouter à ces six écritures principales, l’écriture Tomar qui aurait été conçue sous le premier calife omeyyade Moawiya (661-680).
      
    Ce dernier en fit une écriture royale et est à ce titre une des plus ancienne écritures arabes. Bien qu’elle ait gardé des caractères grands et lourds, elle perdit vers le Xe siècle, son aspect statique et angulaire.
     
     
     
     
     
     
    Ecriture Tomar « Allah est mon espérance »
     
     
    Les écritures maghrébines et les développements tardifs
     
     
    Les écritures maghrébines
     
     
    Au Maghreb, l’Occident islamique, des formes spécifiques d’art furent développés; la calligraphie n’échappa pas à cette tendance.
      
      
    C’est ainsi, que le Coufique occidental se développa vers 670 à Kairouan.
      
    Ce Coufique est sensiblement plus arrondis que son homologue oriental et surtout fait preuve d’une plus grande cursivité grâce à ses courbes bien déterminées et ses demi-cercles presque parfaits.
     
     
    De ce Coufique, nacquit le Maghribi, une écriture cursive qui surpasse en délicatesse les autres cursives orientales par la finesse de ses lignes, la liberté coulante de ses courbes ouvertes, la clarté et la rondeur de ses boucles et par-dessus tout, par les fioritures accusées sous les lignes qui lui confèrent une qualité unique d’intégration.
      
      
    Un autre aspect du Maghribi est que ses déliés se terminent invariablement par une légère courbe vers la gauche, en une fin assez émoussée, tandis que ses pleins ont une ligne effilée dont les courbes, tournées aussi vers la gauche, peuvent se prolonger jusqu’à l’aire du mot situé au-dessus.
     
     
     
     
     
    Sourate IV, « Les femmes » en Maghribi épais, Maroc, XIe siècle
     
     
    On distingue quatre styles de Maghribi que sont le Qayrawani, l’Andalousi, le Fasi et le Soudani:
     
    le Qayrawani dénote une légère ressemblance avec le Naskhi et a de très courts déliés. Une variante monumentale est utilisée dans les Corans.
     

     

    l’Andalousi est plus compact et plus délicat que les autres styles. Originaire de Cordoue, il fusionna avec le Fasi lorsque les Arabes durent quitter le sol espagnol.
     

     

    le Fasi (de Fez au Maroc) est de plus grande dimension que l’Andalousi et est moins décoré que ce dernier.
     

     

    l’écriture Soudani a d’abord été créée à Tombouctou vers 1210 avant de se développer en Afrique sub-saharienne. Écriture favorite des peuples musulmans de cette région, ses lignes sont plus épaisses et ses lettres plus denses que le Maghribi issu du Fasi et de l’Andalousi.
     
     
     
    Ecriture Andalousi
     
     
    Les développements calligraphiques tardifs


    L’effondrement de l’Islam arabe face aux invasions mongoles, la conversion des princes mongols à l’Islam, ont freiné le développement artistique mais ne l’ont pas stoppé.

      

    Certains princes mongols comme Timour et son fils ont été de grands mécènes.

      

    Tandis que plus à l’ouest, en Egypte, les Mamelouks se faisaient les champions de la continuité calligraphique.

     
     
    En Perse, au XVIe siècle, l’écriture Taliq fut créée à partir d’une écriture ancienne cursive sans prétention. Dérivée du Riqa et du Tawqi, cette écriture sera très prisée des Persans, des Indiens et des Turcs.
     
     
     
     
    Ecriture Taliq
     
     
    sources
    D.R.
     
     
     
     
     
     
     
     
     
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    Des écritures originales

     



     

    Enluminure arménienne d’un manuscrit du XIIIe siècle

    LA LANGUE ARMENIENNE appartient à la famille linguistique indo-européenne et forme avec le géorgien, et d’autres dialectes parlés dans le Caucase, un groupe spécifique.


    Les alphabets arménien et géorgien sont voisins et vraisemblablement apparentés. La légende leur a donné un père commun: Saint Mesrob.

     

    La légende de Mesrob

    LES ECRITURES TROUVENT BIEN SOUVENT leurs racines dans la religion.

      

    Celles des peuples arméniens et géorgiens confirment cette règle. Selon une tradition solidement établie qui nous a été transmise par l’historien arménien du Ve siècle, Moïse de Korène, l’invention des alphabets arméniens et géorgien est ainsi attribuée à saint Mesrob


    Ce dernier, secrétaire à la cour des rois arméniens Varazdatès et Arsakès, avait quitté ce poste prestigieux pour se consacrer à la vie religieuse.

      

    A l’époque vers la fin du IVe siècle, la cour arménienne utilisait l’écriture perse appelée pehlevi.

      

    Les Arméniens, convertis au christianisme depuis un siècle, se résignaient toutefois difficilement à tenir leur écriture des fervents de Zoroastre.


    Mesrob, qui avait apprit l’alphabet grec d’un rhéteur d’Edesse dénommé Platon et du moine Ruphanos, élabora un alphabet arménien original, à la suite d’une révélation divine si l’on en croit la légende.

      

    A l’aide de cet alphabet, il transcrivit sa traduction arménienne du Nouveau Testament. En 406, du vivant de Mesrob, un édit du roi d’Arménie imposait son emploi dans tout le royaume.

      


    Ce n’est que par la suite que le saint homme se serait rendu dans le royaume voisin de Géorgie pour donner à ce pays, en accord avec son roi de l’époque, Artchal, une écriture nationale. Mesrob disparut en 441.

      



    Couverture en cuir d'un manuscrit du XIIIe siècle

     

    L'alphabet Arménien

    L’ALPHABET ARMENIEN ne compte pas moins de trente neuf caractères et, à la différence des écritures sémitiques utilisées dans les états voisins de l’est et du sud du Caucase, possède une notation intégrale des voyelles.

      

    Comme ces lettres ne font jamais double emploi, l’alphabet arménien constitue un instrument d’une belle précision phonétique. Elle reprend au grec 22 sons auquel elle attribue ses propres signes et ajoute 14 signes destinés à noter des sons étrangers au grec. L’écriture arménienne, comme la grecque à laquelle elle est partiellement apparentée, use à la fois de majuscules et de minuscules.

     

     

    La question des origines

    Son origine est toujours discutée, la légende de Mesrob comme toutes les légendes de nature politique étant sujette à caution. Un fait prèche toutefois en faveur de cette thèse: l’alphabet arménien de par sa précision et sa cohérence semble bien avoir été élaboré en une seule fois, et n’est pas le fruit d’une longue évolution, comme l’alphabet latin ou grec.

    Par ailleurs, les spécialistes se sont longuement entredéchirés pour savoir s’il fallait chercher le modèle de l’écriture arménienne du côté de l’écriture grecque ou de son homologue perse.

      

    Le débat de son origine, semble actuellement pencher en faveur de l’écriture occidentale. En effet, le principe de la notation intégrale des voyelles est une conception fondamentalement étrangère au peheveli.

      

    Ensuite, plusieurs de ses lettres ont manifestement été empruntées au grec. Enfin, l’alphabet arménien s’écrit de gauche à droite et non de droite à gauche comme le peheveli.


    Pourtant, en faveur de la thèse perse, il est toutefois possible d’avancer l’argument selon lequel les formes des signes de l’alphabet arménien sont passablement inspirées de celles des caractères persans alors en usage en Arménie.

      

    Pour trancher entre les deux théories, l’historien de l’écriture James Février, propose de replacer la question de l’alphabet arménien dans son contexte politique: destiné à transcrire en arménien les textes bibliques et la littérature chrétienne, il parait peu probable que l’on ait imité une écriture trop liée à une religion rivale.

     

    Graphisme de l’écriture

    Initialement, l’alphabet était formé d’une seule série de lettres de type oncial (erkathagir), qui sont par la suite devenues les majuscules de l’alphabet moderne. Ces dernières, également appelées lettres de fer sont aujourd’hui complétées par une série de minuscules (bolorgir ou lettres rondes).

      

    V

    ers la fin du moyen âge apparut une écriture cursive (notrgir), en usage en typographie et qui fit le même usage que notre italique. Cette écriture, aujourd’hui dépassée, est remplacée par un autre caractère d’aspect droit (aramian du nom de son créateur).


    Le bolorgir, quant à lui, a évolué pour devenir plus aisé à lire, mais a conservé son aspect penché.

      



    Alphabet arménien

     

    L'Alphabet Géorgien

    ON L’A VU LA LEGENDE attribue également à Mesrob la création de l’écriture géorgienne. C’est vrai que certaines lettres offrent des similitudes frappantes et que d’autre part le nombre des caractères est à peu près le même (entre 36 et 40) de même que les valeurs phonétiques qui leurs sont attribuées.
    Une autre tradition géorgienne attribue toutefois l’invention de cette écriture par le roi Parnavas au IIIe siècle.

     

    Présentation

    L’alphabet géorgien est appelé anban du nom des deux premières lettres. Il en existe deux variétés, assez proches l’une de l’autre pour que leur parenté, non plus que leur rapport avec l’écriture arménienne, ne fasse aucun doute, mais assez différentes pour qu’il soit impossible a priori de dire qu’elles dérivent l’une de l’autre. Ce sont le khutzuri et le mkhedruli.
    Le khutzuri ou caractère ecclesiastique se rencontre dans les documents les plus anciens, en particulier dans les textes religieux.

     

    Il compte 38 lettres, plus le f, qui comme en arménien, ne sert qu’à la transcription des mots d’origine étrangère. Il n’est guère plus utilisé aujourd’hui, sauf pour des usages religieux.

      


    Le mkhedruli (en fait mkhedruli kheli ce qui veut dire «main du soldat»), contraste par son aspect cursif, ses formes arrondies, avec l’aspect anguleux, le dessin carré des caractères khutzuri. Il compte au total quarante lettres, dont sept ne servent plus aujourd’hui.

      

    A la différence des alphabet khutzuri et arméniens, il ne possède pas de majuscules. Il existe également une forme cursive de cet alphabet, très riche en ligature, employée pour l’écriture manuscrite. Les alphabet géorgiens ont conservé plus fidèlement que l’alphabet arménien l’ordre primitif des lettres. L’antériorité du mkhedruli sur le khutzuri n’est pas avérée.

     

    Origine grecque contre perse

    Comme pour l’alphabet arménien, les spécialistes se chamaillent pour savoir si les alphabets géorgiens sont issus de l’écriture grecque ou perse. Pour le khutuzuri, Février estime que son inventeur s’est inspiré des deux écritures.

      

    La forme des lettres, leur ordre, voire leur nom font pencher vers la thèse perse, mais la présence des trois lettres grecques déjà mentionnées dans l’alphabet arménien ainsi que celle des cinq voyelles du grec font pencher vers la thèse héllénistique.

      



    Alphabet géorgien

     

      

    AU-DELA DES POLEMIQUES DE SPECIALISTES, un fait demeure: malgré le faible nombre de personnes qui les utilisent, et malgré 50 ans de russification forcée à l’époque soviétique, les alphabets arméniens et géorgiens survivent, parfois même au delà de leur Caucase originel, diasporas obligent.

    Ces écritures font partie intégrantes du patrimoine culturel de ces peuples caucasiens qui n’y renonceraient pour rien au monde.

      



     

      

    Tomar Grigorieann havitenakan Rome: D. Basa, 1584

     

     sources

    D.R.

     

     

     

     

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    La fabuleuse histoire.... L'alphabet Phénicien -

     

    L'alphabet, ce sont les signes en usage dans une langue, rangés selon un ordre toujours identique.
    (Chronique de l'humanité)

     

    L'alphabet est liste de toutes les lettres servant à transcrire les sons d'une langue et énumérée selon un ordre conventionnel.
    (Larousse)

     

    Le mot alphabet vient des lettres alpha et bêta, premières lettres de l'alphabet grec.
    Système d'un trentaine de signes graphiques permettant par leurs différentes combinaisons de transcrire les sons d'une langue (Bibliothèque Nationale de France)

     

    Un Abécédaire qui est un livre illustré pour l'apprentissage de l'alphabet.

     

    Une Police, ou une Fonte, est la liste de tous les signes et lettres composant un assortiment de caractères.

     

    Un idéogramme est un signe qui symbolise une idée, comme dans l'écriture chinoise.

     

    Un pictogramme est un signe qui représente un être ou une chose, comme dans les hiéroglyphes.

     

     

     

    Polémique

    LA QUESTION de l’attribution de l’invention de l’alphabet aux Phéniciens est un point d’histoire qui a toujours été discuté.

     

    Tous les Anciens ne partageaient pas l’avis de Pline ou d’Hérodote, certains, comme Diodore de Sicile, rappelant l’opinion des Crétois sur la question, «eux [les Crétois] disent que les Phéniciens n’inventèrent pas, à l’origine, les lettres, mais qu’ils changèrent la forme des signes».

     

    Il semble toutefois évident de dire que les Phéniciens jouèrent un rôle décisif dans l’histoire de l’alphabet, même si leur rôle effectif reste controversé.

     

    L’objet de ce bref essai est de mettre en lumière l’apport décisif attribué à cette peuplade sémitique de la côte méditerranéenne, à ce qui reste une des principales inventions de l’humanité: l’alphabet.
    Le peuple phénicien a l’insigne honneur d’avoir inventé les lettres de l’alphabet. Pline l’Ancien

      

     C'est le premier système d'écriture alphabétique apparu au 12e siècle avant JC. C'est à dire que chaque mot et décomposé en sons. Il n'est composé que de consonnes. Les langues sémitiques ont cette particularité de ne comporter que peu de voyelles.

    L'alphabet phénicien a donné sa base à l'alphabet grec qui apportera les voyelles.Il sera également à la base de l'alphabet araméen qui donnera naissance à l'hébreu et à l'arabe.

    Voir aussi,
    Nabatéen voir l'article "Les phéniciens inventent l'alphabet" à Ugarit


    Ces Phéniciens arrivés [en Grèce] avec Cadmos [...] introduisirent [...] l’alphabet que les Grecs, à ce que je crois, ne possédaient pas auparavant. Hérodote

      


     
     

    Inscription mortuaire de Tabnit, roi de Sidon (Vème siècle av. J-C.).

     

     

     

     

    Qui étaient les Phéniciens ?

    LA PHENICIE n’existe pas à proprement parler. On entend généralement par ce terme une région côtière s’étendant de Akko (Acre, Israël), au sud, jusqu’au delà d’Ugarit (Ras Shamra, Syrie), au nord.

     

    Les Phéniciens, dont le nom grec (phénix) signifierait le «peuple des palmiers», sont des Sémites apparentés aux Cananéens. Peuple venu vraisemblablement d’Arabie via la Mésopotamie, il s’est installé sur la côte méditerranéenne dès le IIIe millénaire.

     

    Carrefour de civilisations

    Ils sont soumis très tôt à de multiples influences: celle de l’Égypte, sensible à Byblos dès l’Ancien Empire et très forte au milieu du IIe millénaire, celle des Sémites de Mésopotamie (Araméens, Babyloniens), celle des États asiatiques du Nord (Hourrites, Mitanniens, Hittites) et enfin celle des peuples de la mer Égée (Crétois, Mycéniens).

     

    Pendant le IIe millénaire, Ugarit a été la seule grande cité indépendante phénicienne tandis que ses consœurs faisaient l’objet de la convoitise des Égyptiens et des Hittites, la mer étant dominée par les peuples grecs.

     

    Ses rois ont entretenu une abondante correspondance diplomatique, notamment avec l’Égyptien Aménophis IV (Akhenaton), le Babylonien Soupilouliouma et le Hittite Hattousil III.

     

     

     

    L’apogée

     

    Lorsque les grands empires orientaux commencèrent à tomber en décadence, menacés par les invasions des Peuples de la mer (les Philistins, qui donneront leur nom aux Palestiniens), les cités indépendantes phéniciennes prospérèrent et ce malgré la destruction d’Ugarit vers 1200 avant notre ère.

     

    L’apogée est comprise entre le Xe et le VIIIe siècle; la Phénicie comprenait alors trois groupes de villes, celui d’Arwad-Simrya (Syrie) au nord, celui de Byblos (Jbeil, Liban) - Bérytos (Beyrouth) Sidon (Saïda, Liban) au centre et celui de Tyr (Sour, Liban) au sud.

     

    Sous l’autorité de dynasties locales et en l’absence de péril extérieur, les métropoles se combattaient entre elles; c’est l’époque de la splendeur de Tyr et de Sidon, qui entretenaient des relations étroites avec leurs voisins.

     

     

    La société phénicienne

    Avant d’être des navigateurs et des commerçants, les Phéniciens furent des paysans soigneux et d’habiles artisans.

     

    Leur science de l’agriculture se transmit jusqu’aux Romains qui traduisirent leurs traités.

     

    L’exploitation des forêts fut la ressource principale et l’exportation de bois de cèdre, dura fort longtemps. Les artisans brodaient des étoffes magnifiques et étaient réputés pour la qualité de leur teinture pourpre.

     

    Commerçant avec les royaumes araméens de Syrie (Hama, Damas), les Phéniciens se tournèrent très tôt vers la mer. Avec une belle audace, ils firent le tour de la Méditerranée et fondèrent de nombreuses colonies dont la plus célèbre fut Carthage (814 av. J.-C.).

     

     

    La fin de la civilisation phénicienne

    Les Assyriens détruisirent ce fragile équilibre et asservirent les cités phéniciennes qui payaient tribu dès le VIIe siècle. En 678, Sidon est détruite et Tyr plusieurs fois assiégée.

     

    La Phénicie est ensuite disputée entre les Babyloniens de Nabuchodonosor et les Égyptiens, avant de devenir une satrapie de l’empire perse.

     

    Finalement, en 332, Alexandre le Grand s’emparait de Tyr, et depuis cette date, l’histoire phénicienne se confondait avec celle du monde hellénistique.

     


     

    Maison Phénicienne

     

     

    SOURCES  D.R.

     

     

     

     

     

     

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    différents alphabets

     

    L’ancêtre des alphabets occidentaux
    La révolution alphabétique

    La véritable révolution que représente la création d’un alphabet en Canaan et en Phénicie, tient à ce que désormais les signes renvoient à des sons émis par la voix humaine dans un langage donné.

      

    Il ne s’agit plus de désignations conventionnelles, mais un travail phonétique progressif, scientifiquement établi, qui représente un effort d’abstraction remarquable.

      

    L’action de marcher, n’était ainsi plus exprimée par l’image ou la valeur symbolique de la marche, mais par l’écriture des lettres, qui une fois lues, donnaient le mot «marcher».

     

     

    Comme précisé, l’alphabet phénicien ne comporte que des consonnes.

      

    C’est aux Grecs que l’on doit l’introduction dans l’alphabet des voyelles, lettres qui existaient pourtant dans la langue phénicienne.

      

    Mais dans la langue phénicienne, comme dans toutes les langues sémitiques, cette absence n’était pas rédhibitoire dans la mesure où les syllabes ne connaissaient pas de diphtongues.

      

    Surtout, les racines des mots avaient pour caractéristique de ne se composer que de consonnes. Ainsi la racine trilitère spr était utilisée pour décliner le concept d’écrire ou de conter.

     

     

    Selon la vocalisation, on savait si on devait lire écrivain, écrire, écrit, etc. Ainsi et plus généralement, tout Sémite qui entend prononcer un mot le décompose, par une gymnastique mentale instantanée, en une racine consonnantique et en une flexion vocalique.

      

    Considérée du point de vue sémitique, l’écriture phénicienne n’apparait donc pas si imparfaite.

     

     

    Avec son consonnatisme intégral, elle dégageait admirablement le squelette consonnantique du mot, les traits et points de séparation aidant encore à isoler chaque racine.
    Le déchiffrement des écritures phéniciennes

     

    Le déchiffrement d’une écriture alphabétique est toujours délicate. Alors qu’il est relativement aisé de découvrir le sens d’une écriture idéographique, il n’en est rien pour l’écriture alphabétique dans la mesure où on ignore la langue qu’il recouvre.
    C’est à l’abbé Barthélémy, français de son état, que l’on doit le premier déchiffrement correct d’une inscription phénicienne; il s’agissait d’une petite inscription bilingue grecque et phénicienne provenant de Malte, dont le moulage, offert à Louis XVI qui le plaça à la Bibliothèque Mazarine, est actuellement conservée au musée du Louvre.

     

     

     

     

    Le déchiffrement de l’alphabet ugaritique a été un travail collectif qui remonte à la fin des années 1920.

      

    Tout commence avec la découverte au nord de Lattaquié en Syrie des ruines de la cité phéncienne d’Ugarit sur le site de Ras Shamra. Les découvertes qui vont y furent faites bouleversèrent profondément l’histoire de la civilisation phénicienne et plus encore l’histoire de l’écriture.

      


    La mission archéologique Schæffer et Chenet (1929) mit à jour une importante nécropole, découvrant de nombreuses tablettes couvertes de caractères cunéiformes d’un type jusqu’alors inconnu. Le nombre réduit de signe semblait laisser penser que cette écriture était de type alphabétique.

     

     

    En 1930, le savant allemand Hans Bauer réussit à établire la valeur phonétique d’une quinzaine de lettres.

      

    La même année, quelques mois plus tard, le français E.Dhorme complétait l’étude de Bauer, soulignait le caractère sémitique de la langue ougaritique et en 1931 publiait une première traduction des tablettes découvertes à Ras Shamra.

      

    Parallèlement, l’autre français Virolleaud complétait le travail de Dhorme. Ainsi, de lettre en lettre, on a fini par identifier les trente lettres de l’alphabet primitif d’Ugarit.
    Les premiers travaux sur l’écriture pseudo-hiéroglyphique de Byblos sont quant à eux, l’œuvre de Maurice Dunand, rédigés en 1945.

      



    Alphabetphenicien

     

     

     

     

    SOURCES D.R.

     

     

     

     

     

     

     

     

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    L’écriture chinoise en Corée

     

    C’EST SOUS L’IMPULSION DE LA PROPAGANDE BOUDHISTE que l’écriture chinoise fut introduite en Corée vers le fin du IVème siècle. Au VIIIème siècle, son emploi était déjà très répandu chez les lettrés et sera utilisée pour transcrire aussi bien les langues chinoise et que coréenne.
     
     
     
    Toutefois l’usage de l’écriture idéographique chinoise pour transcrire le coréen, langue agglutinante à flexions, riche en désinences, n’était pas sans poser de nombreuses difficultés, car elle ne permettait pas de noter ces articulations du langage sans laquelle la phrase ne peut être comprise.
     
     
     
    En 697, le lettré Sel Tchong assigna à un certain nombre de signes chinois un rôle phonétique tout en en modifiant légèrement la prononciation pour tenir compte des spécificité de la langue coréenne.
      
    Ainsi le mot ‘hou qui signifie « porte » en chinois devint le signe syllabique transcrivant le son ro. Ce système, dit du complément syllabique, permettait ainsi de transcrire à côté de l’idéogramme chinois, la désinence du mot coréen. Il connut un vif succès et survécut jusqu’à l’invasion japonaise en 1894.
     
     
     
     
     
     
    Le roi Sejong
     
     
     
    Le Hangul, une écriture scientifique
     
     
     
    DEPUIS LA FIN DU XIIIE SIECLE, la Corée était un royaume vassal des empereurs mongols qui régnaient alors sur la Chine. Ces derniers au début du XIVe siècle, avaient été amenés à changer leur propre écriture au profit de l’alphabet galik, un compromis entre l’écriture tibétaine de type indien et l’écriture ouigour de type araméen.
     
     
     
    Les Coréens furent touchés par ces soubresauts culturels avec un léger décalage (entre temps, les Mongols avaient été renversés en Chine par Hong-Wou, fondateur de la dynastie des Ming).
     
     
     
     
    Un roi éclairé
     
     
    Dans la première moitié du XVe siècle, régnait sur le royaume de Corée, le roi Sejong (1419-1451). Ce dernier était un monarque éclairé et cultivé.
      
      
    En 1434, il promulgua un décret dans lequel il demandait à son administration de rechercher « les hommes de savoir et de sophistication, qu’ils soient ou non de noble naissance, afin de les encourager à apprendre à lire au peuple, même aux femmes et aux filles. ».
     
     
     
     
    Il envoya également des missions à Nankin et Pyolmun afin de chercher des conseils sur la possibilité d’introduire dans son royaume une écriture simplifiée.
      
    Ces missions ayant échoué, le roi avec l’assistance de lettrés de sa cour, inventa la nouvelle écriture (1443).
      
      
    En 1446, le roi Sejong promulgua un décret, Oje Hunmin Chongum, « La vraie prononciation enseignée au peuple » par lequel il introduisait la nouvelle écriture dite pân tchel. Elle suscita la dérision des lettrés de l’époque, attachés à l’écriture chinoise, et à travers elle au pouvoir que leur conférait sa maîtrise et qu’ils baptisèrent « écriture vernaculaire ».
     
     
     
     
    Dans la préface de l’Hunmin Chongum, le roi Sejong explique clairement ses motivations: « La langue coréenne étant différente de la langue chinoise, les caractères chinois ne la rendent pas suffisamment.
      
    C’est pourquoi, les gens du peuple désirent une chose et n’arrivent pas à exposer leurs sentiments: cela est fréquent. Emu de pitié, j’ai inventé vingt-huit caractères qui seront facilement appris de tous et serviront aux usages quotidiens. »
     
     
     
     
    L’alphabet pân tchel
     
     
    Il s’agissait à l’origine, d’un véritable alphabet de 28 signes comprenant voyelles et consonnes. Le pân tchel, par son principe même, est d’une grande simplicité qui témoigne de son caractère artificiel et de l’esprit scientifique de son créateur.
      
      
    C’est ainsi que l’adjonction d’un simple trait permet de former ‘KH’ à partir de ‘K’, ‘TH’ à partir de ‘T’ ou encore ‘PH’ à partir de ‘P’.
     
     
     
    Originellement, le pân tchel devait servir à décomposer phonétiquement les idéogrammes chinois. Ce n’est qu’ultérieurement qu’il fut appliqué à la transcription de la langue coréenne elle-même.
      
    Pour ce faire, il fut légèrement modifié en créant des signes pour transcrire les sons qui n’existent pas dans la langue chinoise telle que ‘b’, ‘g’ ou encore ‘d’ en adjoignant un accent aux signes des sourdes correspondantes, ‘p’, ‘k’ et ‘t’. Par ailleurs, certains signes disparurent, les formes d’autres furent modifiés. C’est ainsi qu’on passa de 28 signes originels à 25 signes aujourd’hui, 14 consonnes et 11 voyelles.
     
     
     
     
     
    Bloc imprimé ancien reprenant les explications du Roi Sejong et décrivant le Hangul et son équivalent en caractères chinois
     
     
     

    Du Pân tchel au Hangul

     

     

     

    LA SIMPLICITE QUI CARACTERISE LE PAN TCHELdes origines ne résista pas à l’usage qu’en firent les scribes coréens. Les conditions matérielles de la graphie y ont peut-être contribuées.
      
      
    Les Coréens écrivaient en effet de haut en bas, alignant les colonnes de droite à gauche.
      
    Pour gagner de la place et par souci de symétrie, ou peut-être par mimétisme avec les Chinois qui juxtaposent une clef phonétique à presque tous les idéogrammes, les scribes coréens firent figurer à côté de chaque consonne, la voyelle dont elle est pourvue. D’autre part, ils modifièrent la forme des deux caractères ainsi groupés de façon à faire approximativement rentrer le signe ainsi constitué dans un carré. Ils transformèrent ainsi de facto une écriture alphabétique en écriture syllabique.
     
    Ce n’est qu’au début de ce siècle que le terme de Hangul, , « la grande écriture » sera introduit par Chu Shi-Gyong pour désigner l’écriture coréenne. Il apparut pour la première fois dans le nom d’un institut d’enseignement de la langue coréenne, le Han-gulmo puis repris dans le titre d’un livre paru en 1913, Han-gulpuri.
     
     
     
     
     
    Alphabet coréen de 1446
     
     
    Le Hangul au XXe siècle
     
     
    C’était une époque sombre pour la Corée alors occupé par le Japon (1894-1945). Les autorités d’occupation essayèrent de substituer l’usage de leur langue ou à défaut des écritures japonaises et chinoises à celles, respectivement, du Coréen et du Hangul.
     
     
     
     
    Par passion nationaliste et du fait de sa proximité avec la Chine, le régime dictatorial de Corée du Nord imposa sur son territoire l’usage systématique du Hangul, alors qu’en réaction, les Coréens du Sud continuèrent à faire cohabiter les deux systèmes.
      
    Aujourd’hui encore, les personnes cultivées en Corée du Sud, préfèrent écrire leur nom en idéogrammes chinois, même si l’usage du Hangul est maintenant généralisé dans les deux Corées.
     
     
    Paradoxalement pour un pays aussi fermé qu’a pu l’être la Corée, le Hangul doit beaucoup à l’usage qu’en firent les missionnaires chrétiens qui virent dans ce système simple à enseigner un outil puissant au service de la diffusion de leurs idées.
      
    C’est ainsi qu’ils firent imprimer en Hangul de nombreux ouvrages :
      
      
    Nouveau Testament, grammaires, dictionnaires, etc.
     
     
     
    Description de l’alphabet coréen
     
     
    SUR LES 14 CONSONNES, 8 lettres peuvent être considérées comme les consonnes pivots ; chacune d'elle a un nom propre. Il s'agit du 'k' (kiök), 'n' (iün ou niün), 't' (tjigüt), 'l/r' (iül ou riül ou niül), 'm' (miom), 'p' (piop), 's' (piop) et 'ng' (ihäng).
      
      
    Ce dernier son est d'ailleurs assez proche d'une voyelle puisqu'il s'agit d'une nasale finale.
      
      
    A ces 8 lettres, il faut ajouter les lettres 'ch', 'h' et quatre consonnes utilisées uniquement avant une voyelle : 'kh', 'th', 'ph' et 'ch'.
     
    Graphiquement, les cinq consonnes principales sont dérivés des formes des organes vocaux ( ), les 9 autres étant dessinés en adjoignant des traits ou en modifiant légèrement la forme des consonnes de base.
     
     
    Les onze voyelles prennent place sous le nom de i entre les lettres 's' et 'ng' dans l'alphabet coréen. Il s'agit du 'a', 'ya', 'ö', 'yö', o, 'yo', 'u', 'yu', 'i-ü' et le 'a' court auxquels il faut ajouter les lettres 'ya', 'yö', 'yo' et 'yu' qui sont des variantes des lettres 'a', 'ö', 'o' et 'u'.
      
    Ces voyelles ont deux formes, une forme complète quand elles sont en position initiale et une forme abrégée quand elles sont le complément d'une consonne.
     
     
     
     
    Graphiquement, trois des voyelles symbolisent les trois éléments de la philosophie orientale du Yin et du Yang : '.' symbolise les cieux, '' représente la terre et '' rappelle l'humanité. Les huit autres voyelles ne sont que des combinaisons des trois voyelles fondamentales: .
     
     
    Le Hangul combine ensuite consonnes et voyelles pour constituer des syllabes au dessin parfaitement rationnel et logique comme : .
      
    La méthode de composition des mots est donc assez similaire à celle des kana japonais.
     
     
     
     
     
     
    Alphabet coréen moderne
     
     
     
    Le Hangul : un alphabet parfait ?
     
     
    DE NOMBREUX SPECIALISTES CONSIDERENT LE HANGUL comme le plus parfait système d’écriture d’un point de vue scientifique.
      
    Ils justifient leur point de vue en notant la construction systématique du Hangul qui repose sur la forme des organes vocaux lorsqu’ils prononcent le son. Ainsi, le ‘T’ dans notre alphabet occidental représente un son qui n’a rien à voir avec la forme des organes vocaux. Son homologue coréen ‘’ représente la manière dont la langue touche le palais supérieur.
     
     
    Une autre des caractéristiques les plus intéressantes du Hangul est sa facilité d’apprentissage et ce aussi bien pour des Coréens que pour des étrangers. Il y a une dizaine d’année, l’UNESCO a reconnu cette spécificité remarquable en instituant le prix de littérature du Roi Sejong qui honore les personnes qui ont contribué à l’éradication de l’illétrisme dans le monde.
      
    Grâce au Hangul, la Corée a ainsi un des plus bas taux d’illétrisme dans le monde.
     
     
    Toutefois, ces points sont à nuancer. En effet, tous les sons de la langue coréenne ne sont pas retranscris dans le Hangul. Il n’existe ainsi pas de signes distincts pour exprimer les sons ‘g’, ‘b’, ‘d’ et ‘j’ qui existent pourtant en coréen et sont représentés par les lettres ‘k’, ‘p’, ‘t’ et ‘ch’.
     
     
    Il n’en reste pas moins que le Hangul répond parfaitement à la fonction d’une écriture à savoir de retranscrire aisément, lisiblement et le plus fidèlement possible une langue. Les Coréens en sont bien conscients eux qui fêtent tous les 9 octobre le Hangul Day.
     
     
     
     
     
    Ouvrage ancien composé en Hangul
     
     
    sources D.R.
     
     
     
     
     
     

     

     

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    Un Viking (vieux norrois víkingr ; pluriel, víkingar) est un explorateur, commerçant, pillard mais aussi pirate scandinave au cours d’une période s’étendant du VIIIe au XIe siècle. Par extension et par abus de langage, on emploie le terme en français pour désigner la civilisation scandinave de l'âge du fer tardif c'est-à-dire à partir de la fin du IIe siècle à l'âge du fer romain (en).

      

    C'est le point de vue adopté dans une partie du présent article. Ils sont souvent appelés Normands dans la bibliographie ancienne, c'est-à-dire les « hommes du Nord ».

    Contrairement aux autres peuples germaniques de l'Europe plus méridionale, ils sont restés païens jusqu'à la première moitié du Xe siècle. C'est l'une des raisons pour laquelle il se dégage des textes européens du début du Moyen Âge, une image négative de leur action réduite à des actes de piraterie et de pillages, caractérisés par la violence de leurs raids et leur barbarie païenne.

      

    Cependant, la documentation plus contemporaine a permis de nuancer le propos et elle insiste sur l'aspect positif de leur action dans certains cas, car ils furent aussi de grands marins, explorateurs, marchands et guerriers qui atteignirent les côtes atlantiques de l'Europe, la Méditerranée, l'Orient et même l'Amérique (Vinland), tout en établissant parfois au passage des comptoirs commerciaux et des colonies comme sur les îles Féroé, les Orcades, l'Islande, le Groenland, etc. Ils fondèrent des États nouveaux et originaux en Normandie et en Russie.

      

    L'âge viking prit fin à la suite de l'affirmation en Scandinavie de pouvoirs monarchiques centralisateurs et de leur conversion au christianisme.

     

    « On appelle Viking (Víkingr, en vieux norrois) un commerçant de longue date, remarquablement équipé pour cette activité, que la conjoncture a amené à se transformer en pillard ou en guerrier, là où c’était possible, lorsque c’était praticable, mais qui demeurera toujours quelqu’un d’appliqué à afla sér fjár (“acquérir des richesses”). »

    Boyer 2008, p. 33

    Au sens large, le terme « viking » désigne parfois[évasif] l’ensemble des Scandinaves de la période caractérisée par le phénomène viking. Les peuples en contact avec les Vikings leur ont donné différents noms : Normands pour les Francs, Danois pour les Anglais, Rus pour les Slaves, les Arabes et les Byzantins. Ils étaient parfois aussi qualifiés de « païens » ou d’« étrangers »[4]. Varègue est le nom donné aux Vikings exerçant sur la route de l’Est (en Russie).

     

    Le mot viking est attesté en français au XIXe siècle et désigne, au sens moderne du terme un « guerrier, explorateur originaire de Scandinavie »[5]. Son étymologie exacte n'est pas assurée.

    Il est mentionné pour la première fois en vieil islandais sous la forme víkingr, puis sous les formes víkinger, víkingir[6].

    Une étymologie largement répandue en fait un dérivé du norrois vík (« anse, crique, bras de mer entre deux îles[6] »), ayant aussi la signification originelle d'« endroit où la terre cède » (du verbe vikja, « céder »), d'où, par extension, le sens de « baie », c'est-à-dire endroit dégagé de la côte qui permet d'accoster[7] (cf. les toponymes comme Reykjavik en Islande ou les plages de Plainvic et du Vicq en Cotentin, etc.). Cette racine Vík- est dérivée à l'aide du suffixe -ingr (variante -ungr cf. vieil anglais -ing) signifiant « celui qui appartient à, celui du genre de, celui possédant les qualités de »[6],[8], d'où le sens global par extension de « celui qui fréquente les anses, les criques ou les bras de mer »[6].

    Cependant, son attestation précoce au VIIIe siècle en vieil anglais, sous la forme wīcingsċeaða, et en vieux frison, sous la forme wī(t)sing, laisse suggérer une origine westique du terme. En ce cas, le radical représenterait en réalité le vieil anglais wīc ou le vieux frison wīk ayant tous deux le sens de « camp »[6]. Ce dernier terme aurait été ultérieurement réinterprété en ancien scandinave comme étant le mot vík.

    Effectivement, les utilisations connues les plus anciennes proviennent de textes anglo-saxons du VIIIe siècle, avec la mention de divers composés comme uuicingsceadan, uuicingseadae ou saewicingas, tous formés sur -wīcing-. Ils ont pour thème les activités maritimes et notamment la piraterie.

    Les textes scandinaves contemporains à la période viking font, quant à eux, la distinction entre un terme féminin, víking, qui désigne l’activité (fara í víkingu, « ceux qui partent en expédition ») et un terme masculin, Víkingr (pluriel, Vikingar), qui renvoie aux Vikings en tant que personnes. Il est vraisemblable que ces deux termes découlent l'un de l'autre, et que le premier, víking, ait permis de désigner justement víkingar (« ceux qui partent en expédition »). Des recherches étymologiques plus récentes, basées sur des travaux déjà existants, ont mis l'accent sur l'existence de la mesure nautique vika (« distance parcourue en mer par deux équipes ramant en alternance »), dont le radical vik- se retrouverait dans víking, mais aussi dans le vieil anglais wīcing, le vieux frison wītsing et remonteraient tous à un proto-germanique de l'ouest *wīkingō (« changement de rameur ») et *wīkingaR dérivant du premier et signifiant « homme ramant en alternance », ce qui se conçoit à l'époque où les navires circulant dans les mers du nord étaient des bateaux à rames, tels celui de Nydam. Par la suite, des sens spécifiques se seraient développés dans les langues où ils se sont perpétués : expédition maritime, guerrier-marin, pirate[9].

    Les chroniques franques rédigées en latin utilisent plus fréquemment les termes « Normands » (Nortmanni), « Danois » (Dani) ou « païens » pour désigner les Vikings. Jusqu'à une époque récente et encore aujourd'hui, certaines sources utilisent le terme Normand comme synonyme de Viking, or cet emploi engendre une confusion avec les Normands habitants de l'actuelle Normandie et qui entrent véritablement dans l'histoire avec la conquête de l'Angleterre en 1066. Le terme Normand est lui-même un emprunt au francique *nortman[10] ou au vieux norrois nordmaðr[11], qui signifient tous les deux « homme du Nord ».

    En irlandais, les textes parlent plus simplement d’« étrangers » (gall). Le toponyme Donegal ferait référence aux Vikings danois, c'est-à-dire les « étrangers noirs » et celui de Fingal aux Vikings norvégiens, c'est-à-dire les « étrangers blancs ». Mais cette distinction entre Vikings noirs et Vikings blancs empruntée à Lucien Musset serait la conséquence d'une mauvaise traduction, d'autant que cette distinction n'a pas de raison d'être, la proportion du type au cheveux clairs étant à peu près semblable au Danemark et en Norvège. Donegal n'a donc probablement pas cette signification, mais celle de « forts des étrangers » dún an gall, « noir » se disant dub. De la même manière, Finegal ne vient pas de finn gall ou fionn gall (« étrangers (aux cheveux) blonds »), mais plutôt de fine gall (« tribu des étrangers »).

    En Orient, ils sont appelés « Rus » ou « Varègues ». Chez les Arabes, les Madjus, bab el Madju désignant « la porte des païens » (détroit de Gibraltar)[12].

    Selon Pierre Bauduin (2004), la connotation du terme serait plutôt positive dans les inscriptions runiques et négatives dans les poèmes scaldiques.

    Un réchauffement climatique autour du Xe siècle aurait amplifié les raids vikings. Cela aurait entraîné la croissance des productions agricoles et, du coup, une hausse démographique. Les raids vikings auraient été un moyen de réponse à une expansion démographique. Les historiens pensent que cet argument concerne au plus l'ouest de la Norvège[14]. Au contraire, pour l’historien François Neveux, « on peut affirmer que l’argument de la surpopulation est aujourd’hui largement discrédité par les découvertes archéologiques[15] ». L'archéologie rurale scandinave a révélé que les terres cultivées étaient moins étendues à l'époque viking qu'au début de notre ère[16]. On pourrait en déduire que la surpopulation ne semble donc pas avoir affecté la Scandinavie au VIIIe ou IXe siècle, mais il s'agirait d'une conclusion rapide : pour réduire la pression démographique, les Scandinaves pourraient avoir préféré conquérir des meilleures terres dans le sud plutôt que défricher des terres ingrates, gelées six mois par an[17]. Mais le réchauffement climatique n’explique pas à lui seul les raids vikings puisqu'il ne commence qu’aux environs du Xe siècle et les premiers raids datent du VIIIe siècle.

     

    Guerres intestines en Scandinavie[modifier | modifier le code]

    Les raids vikings commencent au VIIIe siècle. La Scandinavie est alors constituée d’une multitude de petits royaumes. La volonté d’établir des grands royaumes centralisateurs dans les pays scandinaves n'apparaît qu'avec la christianisation. Des princes convertis au christianisme bénéficient d'alliances chrétiennes pour accéder au pouvoir.

    Au IXe siècle, le Danemark et dans une moindre mesure la Norvège connaissent de nombreux conflits internes liés à l'opposition entre les jarls (comtes ou ducs, parfois souverains) et aux crises de succession. Le roi des Danois peine à s'imposer aux différents clans et à sa famille même. Les raids en Europe financeraient les guerres entre aristocrates et augmenteraient le prestige des candidats au pouvoir[18].

    Piste commerciale[modifier | modifier le code]

    Les Scandinaves commerçaient au moins depuis l’époque romaine ; ils avaient coutume de s’installer à la belle saison dans des vicus[Lesquels ?] et ils connaissaient donc parfaitement le reste de l’Europe. Au VIIe siècle, les Arabes perturbent le commerce en Méditerranée. En Europe, cela entraîne la réorientation du commerce vers l'aire de la Mer du Nord. Les marchands occidentaux trouvent en Scandinavie des fourrures, du bois, de l'ambre et de l'ivoire et échangent avec les Scandinaves du vin, de l'argent et des armes. Les comptoirs de Birka en Suède, de Hedeby et de Ribe sur les côtes du Jutland se développent. Les Scandinaves qui acceptent la « prima signatio » (petit baptême chrétien) sont autorisés à commercer comme par le passé. Leurs comptoirs commerciaux ont servi à « faire du renseignement» pour les futurs raids. Selon l'historien Stéphane Lebecq, « le commerce a pavé la voie aux raids vikings[19] ».

    Charlemagne a tenté à maintes reprises des offensives contre le Danemark mais sans résultats. Il provoqua une réaction et c’est sous son règne qu’eurent lieu les premiers raids vikings. L'Empire franc était très puissant et a pu résister aux attaques vikings. L’Empire carolingien entame un long déclin après la mort de Charlemagne : il est mal défendu et souvent en proie à des guerres internes. Les Vikings profitent alors des faiblesses de ce vaste empire. Commerçants, certains Scandinaves se transforment occasionnellement en pillards[20].

    Pour le linguiste Régis Boyer, ce phénomène est renforcé par le mercenariat : les Carolingiens, seigneurs ou souverains, utilisaient les Vikings comme mercenaires lors de leurs guerres internes, ou comme alliés occasionnels. Installés sur l'embouchures de l'Escaut, ils sont, par exemple, les alliés du comte Herbert de Vermandois pour dévaster le Tournaisis [Annales de Tournai - Archives Communales de Tournai] [réf. nécessaire] Cette lecture est cependant discutable. En Grande-Bretagne, les historiens constatent que ce sont les Vikings qui manipulent les souverains indigènes, surnommés Puppet-kings ; il serait étonnant que ceux qui dominent le jeu politique en Grande-Bretagne se contentent d'être des pions en Francie. Les faits semblent d'ailleurs suggérer que les Francs ont eu quelques difficultés à « contrôler leurs mercenaires ».

     

     

     

    Réaction à la conquête franque de la Saxe et à la christianisation

     

     

     

    D’après de nombreux historiens récents, le phénomène viking serait principalement dû à une réaction à « la christianisation forcée par le fer et le feu »

     

     

     

    « Charlemagne, profondément religieux, convaincu que Dieu avait confié au peuple franc et à son souverain la tâche de répandre et de défendre la foi chrétienne, passa sa vie à convertir tous les païens d'Europe. « Par le fer et le sang », il réussit à établir un empire chrétien sur la majeure partie de l'Europe occidentale.

     

      

     

    Particulièrement, le peuple qui occupait le nord de la Germanie à la frontière du Danemark, fut victime d'épouvantables massacres », le roi franc employa la force et la terreur[23] et il imposa sa foi par d'extrêmes violences tel que le massacre de Verden en 782, où les Francs décapitèrent 4 500 personnes, déportèrent 12 000 femmes et enfants parce qu'ils refusaient le baptême[24],[25]. L'empereur franc fit détruire l'arbre sacré, l'Irminsul, afin de « chasser le diable » de Saxe[26],[27].

     

    L'historien des religions, Rudolf Simek explique que « Ce n’est pas un hasard si le début de l'activité viking s'est produit sous le règne de Charlemagne […] La montée du christianisme constituait une menace en soi[28] ».

     

    Ces massacres contre tous les païens engendrèrent un émoi considérable pour les Vikings. Ils étaient sourcilleux de défendre leur honneur, car leurs valeurs leur imposaient le devoir de se venger. En 785, Charlemagne instaura en Saxe le capitulaire De partibus Saxoniæ. Le chef des Saxons Widukind résista très longtemps et se réfugia à plusieurs reprises chez ses voisins nordiques (danois) et se mit sous la protection de Sigfred « roi des Danois[27],[29] », puis il bénéficia de la protection du roi viking Godfred, le fils et successeur de Sigfred. Les Saxons et les Danois étaient très proches, ils avaient les mêmes croyances, la même culture. Ils firent cause commune pour résister à l'empire chrétien. Widukind devint le parent de Godfried en épousant la princesse Geva de Vestfold, fille d'Oystein (Eystein) Ier de Vestfold[30]. En réaction, les Vikings danois attaquèrent les Abodrites, un peuple allié de Charlemagne. Ils renforcèrent le Danevirke pour se protéger de l'empire chrétien qui les menaçait à leurs frontières, puis vers 810, 200 navires vikings se lancèrent sur la Frise[31].

     

    Il s'agit « d'une haine de religion entre les Vikings et les Chrétiens », ce qui expliquerait selon ces historiens que ce soient principalement les églises, les cloîtres et les autres édifices sacrés avec leurs habitants les nonnes, les moines et les prêtres qui furent l'objet de la fureur, des insultes et des outrages des Normands encore païens et leur haine du christianisme[32]. Pour assouvir leur vengeance, un strandhögg viking (petit commando), prit le risque de s'enfoncer dans le territoire franc. Ils ne se contentèrent pas de piller le tombeau de Charlemagne à Aix-la-Chapelle, ils prirent le temps de profaner la sépulture et la dépouille du grand Empereur de la chrétienté. Les Vikings agissaient ainsi dans tous leurs raids, non contents de voler les biens de l'Église, « ils piétinaient et s'acharnaient sur les reliques sacrées, insultaient et outrageaient, mus par une véritable haine à l'encontre de la religion chrétienne[33],[34],[35]. »

     

    Ce grave conflit religieux divisa la Scandinavie et surtout la Norvège pendant près d'un siècle, en raison de la pénétration du christianisme[36]. « Le duc Håkon Sigurdsson et tout son clan de Lade, furent les grands défenseurs des croyances scandinaves face à la progression chrétienne[37] », mais cette résistance fut anéantie avec une extrême brutalité par l'empereur Otton II du Saint-Empire dit « le sanguinaire » et les deux rois Olaf évangélisateurs. Otton II à la bataille du Danevirke[38], Olaf Tryggvason, qui avait pris en otages les fils de plusieurs chefs de l'ile et l'Islande dut accepter le christianisme[39] et Olaf II de Norvège dit le Gros ou le saint qui coupait les mains et les pieds de ceux qui résistaient à la marche triomphale du christianisme[39].

     

    De nombreux historiens et spécialistes confirment la pertinence de cet argument religieux qui provoqua le phénomène « viking ». On retrouve cette analyse chez Olaf Olsen[40], Pierre Barthélemy[41], Élisabeth Deniaux, Claude Lorren, Pierre Bauduin, Thomas Jarry[42]Lucien Musset[43], François-Xavier Dillmann[44] ou encore Michel Rouche[45] et Pierre Miquel[46].

     

    Montesquieu également avait aussi son avis sur ce sujet ; il écrit dans De l'esprit des lois, « Ils [Les Vikings] attribuoient aux ecclésiastiques la destruction de leurs idoles, et toutes les violences de Charlemagne, qui les avoient obligés les uns après les autres à se réfugier dans le nord. C’étoient des haines que quarante ou cinquante années n’avoient pu leur faire oublier[47] ».

     

    Expansion[modifier | modifier le code]

     

    Article détaillé : Chronologie des invasions vikings.

     

    Origines géographiques et aires[modifier | modifier le code]

     

    Expansion viking du VIIIe au Xe siècle[réf. nécessaire]. NB : La coloration jaune du sud de l'Angleterre et de l'Italie résulte d'une confusion Vikings / Normands de Normandie

     

    L'origine géographique des Vikings aurait déterminé, dit-on[Qui ?], la direction de leur expansion. Les Varègues (Suédois) se seraient dirigés vers l'est, autour de la Baltique et en Russie. Les « Norvégiens » auraient concentré leur raids sur les îles Britanniques tandis que les Danois se seraient répandus autour de la Mer du Nord, de la Manche et sur les côtes atlantiques de la Gaule[48]. Toutefois, toute tentative de sectorisation par trop rigoureuse serait à bannir. Les bandes vikings mêlent parfois Danois et Norvégiens[49] et certaines régions comme l'Irlande ou l'Angleterre sont disputées entre ces deux peuples[50]. On voit aussi le futur Harald III de Norvège et les autres survivants de la Bataille de Stiklestad s'exiler à Kiev puis Constantinople où ils constituent la garde varègue.

     

    Vers l'est : Varègues[modifier | modifier le code]

     

    Les Vikings originaires de l’actuelle Suède, bientôt nommés « Varègues », étendent leur domination à l’Est de la Mer Baltique. Les premières traces archéologiques vikings montrent des établissements dès 730-750 autour de Staraïa Ladoga puis à Rostov, où ils fondent une forteresse gardant la route commerciale de la Volga, enfin autour de Novgorod vers 820[51]. Vivant du commerce, de la piraterie et du pillage et s’offrant comme mercenaires, ils écument le réseau fluvial et lacustre des futures Ukraine et Russie (avec leurs langskips à faible tirant d'eau), leur but étant d'atteindre Constantinople. Certains Varègues y parviennent, descendant le Dniepr puis traversant la mer Noire. En 838, ils se présentent devant la capitale de l'Empire byzantin. Plus tard, l'empereur en recrute pour composer sa garde personnelle. D'autres Varègues empruntent une route plus longue : ils suivent la Volga, naviguent sur la mer Caspienne, passent par Bagdad pour rejoindre Constantinople[52]. Dans les années 1040, une expédition varègue dirigée par Ingvar atteint même l’Afghanistan.

     

    Les « Suédois » arrivent dans la future Russie à l'invitation des tribus slaves et finnoises, incapables de se gouverner. Ils établissent plusieurs comptoirs et fondent un État autour de Novgorod puis un second autour de Kiev, les princes de Kiev régnant sur la Russie kiévienne. L'union de ces deux parties forme l'embryon de la Russie, le pays des Rus. Rus étant le nom que les Slaves, les Grecs et les Arabes de l'époque donnent aux Vikings[53].

     

    Vers l'ouest : Danois et Norvégiens[modifier | modifier le code]

     

    Articles détaillés : Invasions vikings en France et Normands.

     

    Guerrier viking, équipement du Xe siècle ou du XIe siècle.

     

    Les Danois organisent des expéditions massives, souvent sous le commandement de rois ou de chefs influents[54]. Ils orientent leurs conquêtes et leurs pillages le long des côtes de la mer du Nord, de la Manche et de l'océan Atlantique. Leur raids commencent dès la fin du VIIIe siècle mais s'intensifient après la mort de Charlemagne (814) et la déliquescence de son empire.

     

    Morcelée en multiples royaumes, l'Angleterre est particulièrement touchée. L’Humber et la Tamise constituaient des voies de pénétration privilégiées pour les navires vikings. Entre 875 et 879, les Danois battirent les souverains locaux du nord-est de l'Angleterre et fondèrent un royaume autour de York. Ce territoire s'agrandit aux dépens des rois anglo-saxons jusqu'à recouvrir la Northumbrie, l'Est-Anglie, les Cinq Bourgs (Stamford, Leicester, Derby, Nottingham et Lincoln) et les Midlands du Sud-Est. Alfred le Grand, roi du Wessex, arrêta cette expansion et reconnut en 886 le royaume viking qui prit progressivement le nom de Danelaw, « le pays sous la loi danoise ». En tant qu'État indépendant, le Danelaw survécut jusqu'en 954, assez longtemps pour que cette partie de l'Angleterre connut une imprégnation de la langue scandinave. La densité des toponymes en -by, -beck, -fell, -thwaite, -thorp et -toft l'atteste. Certains mots anglais d'emploi fréquent comme egg, law[55], booth ou husband sont issus du vieux norrois.

     

    La Gaule présentait aussi une façade maritime très ouverte ; les Vikings empruntèrent régulièrement la Seine, la Loire, la Garonne et les petits fleuves côtiers. Les chroniques des monastères nous apprennent que la Seine charria des flottes scandinaves en 841, en 845, en 851, en 852 et en 856[56]. Ensuite[Quand ?], les envahisseurs choisirent d'hiverner sur une île fluviale. Ils remontèrent la Garonne, atteignirent Toulouse en 844 et firent le siège de Bordeaux en 845[57]. Paris fut assiégée en 845, 856, 861 et finalement en 885, ce dernier étant le plus documenté.

     

    Les Vikings envahissant la Gaule reçurent le nom de « Normands » avant de s’établir durablement dans la région qui porte aujourd’hui le nom de Normandie. Dans la Bretagne voisine, les envahisseurs trouvent un terrain favorable à leur expansion. Dans un premier temps parce que le roi breton Erispoë ne dédaigne pas l'alliance des Vikings dans son combat contre les Francs. Dans un second temps, parce que les guerres de succession à la tête de la Bretagne favorise l'emploi de Scandinaves comme mercenaires puis leur installation. À partir de 919, les Vikings deviennent les maîtres de la Bretagne, plus précisément de la région autour de Nantes. Ces Normands de la Loire sont chassés par Alain Barbetorte, petit-fils du dernier roi des Bretons, entre 936 et 939. La Bretagne a failli devenir une seconde Normandie[58].

     

    Moins bien organisés que leurs voisins danois, les Vikings originaires des côtes occidentales de la Scandinavie (l’actuelle Norvège) formaient des groupes d'individus isolés qui s'attaquèrent à l'Occident dans un but de pillage mais aussi de colonisation. Ils recherchaient en effet des terres agro-pastorales. Leur aire d'expansion recouvre l’Écosse, l’Irlande, le nord-est de l'Angleterre ainsi que les petites îles plus septentrionales comme les îles Féroé, les Orcades, les Hébrides ou les Shetland. L'Irlande constituait une proie de premier choix pour les envahisseurs : riche de ses prestigieux monastères, l'île était divisée en sept « royaumes »[59] qui ne cessaient de se faire la guerre. Vers 840, le Norvégien Turgeis[60] amorça la conquête du pays. Conquête rendue difficile par l'intervention des Danois du Danelaw. Preuve des rapports conflictuels qui pouvaient exister entre les Vikings. L'apport scandinave en Irlande est en tout cas indéniable puisqu'ils sont notamment à l'origine des villes de Wexford, Waterford, Cork et Limerick.

     

    Des îles Britanniques, les Norvégiens se lancèrent à l'attaque des côtes occidentales de la Gaule et de la péninsule ibérique. D'autres gagnèrent l’Islande. Sur cette île proche du cercle polaire arctique, le but n'était pas de razzier mais bien de coloniser. Arrivés en 870, les premiers colons, des Norvégiens mais aussi des Irlandais et autres Celtes[61], construisent des fermes. Ils cultivent la terre, élèvent des ovins, des bovins ou des chevaux ou chassent les mammifères marins. L'historien Régis Boyer estime que c'est sur cette île isolée que s'exprima le « génie viking[62] ». Les colons formèrent une société originale, dominée non pas par un roi ou un jarl mais par une assemblée, l'Althing. D'Islande, provient une précieuse partie de la littérature scandinave, au premier chef les sagas et les Eddas (poèmes).

     

    Méditerranée, Groenland et Amérique[modifier | modifier le code]

     

     

    Remarquables navigateurs, les Vikings s'aventurèrent très loin de leur patrie en procédant par bonds. D'Angleterre ou de France, certains assaillirent la péninsule ibérique. En 844, Séville et Cadix, alors aux mains des Maures, furent ravagées par une flotte remontant le Guadalquivir. Les Vikings pénétrèrent en Méditerranée par le détroit de Gibraltar. Lors de leur grand raid sur la Méditerranée de 859 à 861, ils s'établirent dans le delta du Rhône sur l'île dite la Camaria, la Camargue, hivernant pour passer en Italie. En 859-860, ils atteignirent le port de Luni près de Pise[63].

     

    Selon le Livre des Islandais, des Vikings commandés par Erik le Rouge partirent en 982 ou 983 d'Islande et mirent le cap vers l'ouest. Après quelques jours de navigation, ils rencontrèrent l'immense masse du Groenland. L'île parut si attirante (le climat était sûrement à l'époque plus favorable) qu'Erik y revint trois ans plus tard afin de coloniser les lieux. L'archéologie a retrouvé une ferme qui atteste de l'occupation viking sous ces hautes latitudes dès la fin du Xe siècle[64].

     

    Les Vikings auraient aussi mis les pieds en Amérique, et ce bien avant Christophe Colomb. En effet, plusieurs sagas, en particulier la Saga des Groenlandais et la Saga d'Erik le Rouge, racontent l'exploration d'une région appelée Vinland par des groupes vikings en l'an 1000. Or dès le XIXe siècle, des érudits émirent l'idée que ce Vinland était en Amérique du Nord. En 1960, les archéologues norvégiens Helge et Anne Stine Ingstad découvrirent au nord de Terre-Neuve les ruines d'un campement qui se révéla d'origine viking. D'après les analyses du carbone 14, ce site de L'Anse aux Meadows aurait été occupé entre 980 et 1020[65]. Il constituerait la preuve que les premiers Européens à débarquer en Amérique étaient des Vikings. Toutefois, cette découverte archéologique ne prouve pas l'exactitude de ces sagas[66].

     

    Phases d'expansion[modifier | modifier le code]

     

    L'historiographie place traditionnellement en 793, année du saccage de l'abbaye de Lindisfarne, le début des invasions vikings. En réalité, des Norvégiens avaient déjà sévi quelques années plus tôt en 789 sur la côte méridionale de l'Angleterre et Grégoire de Tours mentionne dans son Decem Libri Historiarum[67] l'attaque menée entre 512 et 520 par le roi danois Chlochilaïc en Austrasie[68]. Mais l'épisode tragique de Lindisfarne a tellement frappé les contemporains que les historiens continuent à le présenter comme le premier événement de l'âge viking.

     

    Suivant une périodisation formulée par l'historien danois Johannes Steenstrup (1844-1935), l'historien Lucien Musset repère deux grandes phases d'invasions : la première entre 790 et 930 et la seconde entre 980 et 1030. Entre les deux périodes, l'Europe connut quelques dizaines d'années d'accalmie[69]. Musset subdivise ensuite la première phase en trois mais cette partition n'est pertinente que pour les Danois envahissant la France :

     

    • entre 800 et 850, les Vikings se contentent de piller les monastères ;
    • entre 850 et 900, les Vikings découvrent la faiblesse des défenses franques et organisent de véritables opérations militaires depuis des îles situées sur les fleuves francs ; ils procèdent de plus en plus par intimidation. Les populations s'en débarrassent temporairement en leur versant un tribut (le danegeld) ;
    • de 900 à 950, c’est le temps de la colonisation : les Francs incapables de mettre fin aux invasions par la force autorisent les Vikings à s’installer sur leurs terres.

     

    Et Pierre Bauduin de préciser : « si ce schéma offre un cadre de lecture au mouvement viking, il ne correspond pas à un plan préétabli et les étapes en ont été franchies à des dates différentes selon les régions »[70].

     

    Régis Boyer propose une autre périodisation qui reprend partiellement celle de Musset. Il distingue trois « vagues » d'invasions[71] :

     

    • entre 800 et 850, les Vikings procèdent par tâtonnement et testent leurs adversaires ;
    • entre 850 et 900, sûrs de leur force, ils exploitent les territoires envahis, voire les conquièrent ;
    • entre 980 et 1050, après une phase d'accalmie qui a vu l'installation des Vikings en différentes régions (Angleterre, Normandie, Groenland…), des Scandinaves repartent sur les mers, dernier soubresaut des invasions. Il s'agit surtout de Danois qui s'attaquent à la Grande-Bretagne, et dans une moindre mesure, de Suédois qui se mettent en route pour l'Asie musulmane.

     

    Fin des raids

     

    On date la fin du phénomène viking vers le milieu du XIe siècle. Parmi les hypothèses, on retient la conversion au christianisme, qui a entraîné la fin du commerce (et du rapt lors des raids) des esclaves et instauré une Église hostile aux raids, la concurrence commerciale des Frisons, l’unification des peuples scandinaves sous la direction de rois dont l’intérêt n’était plus d’organiser des expéditions de pillage à l’étranger, une meilleure organisation de la défense chez les victimes (multiplication des châteaux forts), avec des États forts et organisés parfois même apparus en réponse aux Vikings (c’est le cas de la France, de la Grande-Bretagne, de la Russie et de l’Irlande)

     

    Le roi de France, désireux de mettre fin aux pillages incessants, a accordé aux envahisseurs le territoire de Normandie (son nom désignant la terre des hommes du Nord), ce qui les a également dissuadés de poursuivre leurs assauts contre ce pays.

     

    Le goût des expéditions persista chez les Norvégiens et certains historiens considèrent le pèlerinage du roi de Norvège Sigurd Jorsalafare en Terre sainte (1108-1111) comme une expédition viking (cf. Croisade norvégienne).

     

    Dans les Îles britanniques, les raids norvégiens continuèrent après le XIe. Le roi de Norvège Magnus Barfot est tué en 1103 lors d'une expédition dans l'Ulster (Irlande). Entre 1151 et 1153, le roi de Norvège Eystein Haraldsson effectue une campagne de pillage des côtes orientales de l'Écosse et de l'Angleterre. En 1171, Askulf Mac Torkil, dernier roi scandinave de Dublin, est tué en voulant reconquérir son royaume, conquis par les forces anglo-normandes. Au XIIIe, le roi de Norvège Haakon Haakonsson lança les dernières expéditions scandinaves en Écosse ; il mourra en 1263 dans les Orcades.

     

    Religion et croyances[modifier | modifier le code]

     

    Croyances[modifier | modifier le code]

     

    Article détaillé : Religion nordique ancienne.

     

    « Nous autres camarades n’avons pas d’autre croyance qu’en nous-mêmes et en notre force et capacité de victoire, et cela nous suffit amplement. »

     

    — Formulation de Gauka-Thorir chapitre CCI Olafs saga hins Helga

     

    « Hann blótađi ekki, hann trúđi á mátt sinn eiginn ok megin. »

     

    — Il ne sacrifiait pas aux dieux, il ne croyait qu’en sa force et capacité de victoire. Au chapitre CCI Olafs saga hins Helga Olafr le gros (st Olaf)

     

    Ces formulations se retrouvent dans d'autres textes anciens, où ils affirment : ne croire qu’en leur propre puissance et capacité de réussir « eiginn mattr ok megin ». Ils disent ne croire qu’en leurs propres forces, et capacité de victoire « afl okkat »[73].

     

    Le professeur François-Xavier Dillmann dit que « cette locution est le plus souvent utilisée dans les textes norrois au sujet de personnages qui sont réputés avoir délaissé le culte des dieux ancestraux et qui, par conséquent, se situaient en dehors du cadre habituel de l’ancienne société scandinave[74]. »

     

    Les textes médiévaux mentionnent le vocable Forn siðr pour désigner le paganisme scandinave. Leurs croyances ne possèdent aucun credo, pas de prières, pas de prêtres, ni ordre religieux, ni temples, sans foi, sans dogmes[75].

     

    Les Vikings ne sont en aucun cas des fatalistes subissant un destin. Ce sont avant tout des combattants et des hommes libres qui décident de leur sort au risque de déplaire aux dieux. Ils croient également à la magie et à la divination pour percer les projets de leurs ennemis, des dieux et des forces tutélaires, afin de changer le cours des évènements, d'anticiper sur le destin[76], donc de le modifier, car rien n'est écrit définitivement. Ces faits sont très éloignés et incompatibles avec la vision du destin implacable des auteurs chrétiens qui ont rédigé ou corrigé la quasi-totalité des documents dont nous disposons. Il n'y a donc pas de destin que leur volonté ne puisse modifier[77].

     

    Il y avait des Scandinaves qui respectaient les dieux mais sans faire d'allégeance et sans sacrifice car ils les considéraient comme des proches parents. Beaucoup se disaient être de leur lignage et en avoir hérité les dons. Néanmoins à ce titre ils se devaient de respecter un code d'honneur et de valeur inhérente à leurs dons et à leur prestigieuse lignée représentée par une force tutélaire qu'ils nommaient la Hamingja. Ils se distinguaient en scandant leur maxime, où ils disaient « ne pas sacrifier aux dieux et ne faire confiance qu’en leurs propres forces et capacité de réussite ».

     

    Mythologie[modifier | modifier le code]

     

    Comme celle des autres peuples germaniques, les croyances vikings, avant la christianisation, sont mal connues. La mythologie viking a été réinventée de toutes pièces par les chrétiens, lors de la période normande[78]. De même, au XIIIe siècle, des auteurs islandais comme Snorri et Saxo Grammaticus s’efforcèrent de reconstituer un panthéon organisé autour de quelques grands dieux, mais deux siècles de conversion au christianisme et d'éradication de l'ancienne religion[79] ont laissé beaucoup d'erreurs dans leurs chroniques[77]. L'archéologie et l'examen attentif des témoignages antérieurs à la domination chrétienne, qui semblent être les plus objectifs, permettront d'avoir une idée plus précise de ce qui aurait pu être les "Croyances Vikings".

     

    Les ancêtres des Vikings[80] avaient le culte d’une Déesse Mère et des grandes forces naturelles qu’ils ont représentées plus tard par la création d’un panthéon qui compte notamment Odin, Thor, Jörd, Frigg, Freyja, Freyr… et le grand arbre Yggdrasill. Il existe des témoignages de l'époque romaine décrivant ceux que l'on nomme « les pères des Vikings » en ces termes :

     

    « Ils (Germains du nord) n’ont ni druides qui président au culte des dieux, ni aucun goût pour les sacrifices, ils ne rangent au nombre des dieux que ceux qu’ils voient et dont ils ressentent manifestement les bienfaits, le Soleil, le feu, la Lune. Ils n’ont même pas entendu parler des autres. »

     

    Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules VI, 21

     

    « Ils répugnaient à présenter leurs Dieux sous formes humaines, il leur semble peu convenable à la grandeur des habitants du ciel, ils leur consacrent les bois, les bocages et donnent le nom de Dieux (et Landvaettir) à cette réalité mystérieuse que leur seule piété leur fait voir » « Aucun de ces peuples ne se distingue des autres par rien de notable, sinon qu’ils ont un culte commun pour Nerthus c'est-à-dire la Terre Mère, croient qu’elle intervient dans les affaires des hommes et circule parmi les peuples. »

     

    Tacite, Germania IX, 3

     

    Christianisation[modifier | modifier le code]

     

     

    « La mission par échanges culturels, puis par la parole, puis par l’épée[81]. »

     

    « En avant, en avant, hommes du Christ, hommes de la croix, hommes du Roi! » (Fram, fram, Kristsmenn, krossmen, konungsmenn!)

     

    Tel était le cri de bataille des convertisseurs « Christ, Croix et Roi » repris par Olaf Tryggvason. Cette détermination annonçait les futures croisades : « Nous allons marquer notre emblème sur nos casques et boucliers. Dessiner à la peinture blanche la Croix Sacrée[82] ».

     

    Les Nordiques habitués à commercer depuis très longtemps en Europe à l'époque païenne, entrèrent en contact avec la religion chrétienne avec les premières missions d'évangélisation dans la première moitié du VIIIe siècle, c'est-à-dire avant l'expansion viking. « Tant que la foi chrétienne ne menaçait pas les anciennes coutumes, les païens considéraient le Christ avec indulgence[83]. »La conversion au christianisme des Vikings s'est effectuée de façon pacifique mais aussi violemment. Les Vikings étaient ouverts à d'autres dieux et croyances et ne voyaient pas d'inconvénients à rajouter d'autres dieux comme le Christ à leur panthéon. Au contraire, lorsque les Chrétiens voulurent imposer par les massacres de masses leur seul et unique dieu chrétien et démoniser tous les autres, les Vikings et autres païens s'opposèrent violemment aux exactions chrétiennes durant toute la « période viking[36] ». Les exactions chrétiennes cessèrent quand tous les Vikings furent christianisés, il en résulta la fin du « phénomène viking ».

     

    En 678, Wilfrid d'York a pour mission d'évangéliser Heligoland et le Danemark[réf. nécessaire]. En 716, Boniface de Mayence[Quoi ?]. Willibrord évêque d'Utrecht, récidive vers 725 mais il échoue à convertir les Danois. Rudolf Simek précise que la propagation du christianisme n'est pas due aux seuls missionnaires. Les résultats furent décevants et l'Église eut recours à la force[28]. En 737, le roi du Danemark érigea la première muraille du Danevirke contre les incursions de Charles Martel[84],[85]. Pour répandre leur foi en Scandinavie, des missionnaires détruisent des stèles païennes, parfois au prix de leurs vies. Ne parvenant pas à ses fins, ni par la parole ni par les actes de vandalisme, l'Église eut recours à la violence : « Répandre sa foi par le fer et le sang[86] ».

     

    Avec le règne de Charlemagne, qui avait comme objectif de répandre et de défendre la foi chrétienne sans hésiter à utiliser d'extrêmes violences (Verden), le Danemark fut menacé mais résista en agrandissant le Danevirke et en participant aux premiers raids vikings[22]. Ce fut l'une des raisons qui provoqua les raids vikings qui souhaitaient se venger de la christianisation forcée[87],[22].

     

    Vers 822-825 la Scandinavie fut déclarée terre de mission. Les premiers baptêmes furent prodigués dès 823 par Ebbon, l'archevêque de Reims envoyé par Louis le Pieux. Puis en 826 par Ansgar, moine de Corbie. Vers 832-851, l'abbé Wala poursuivit la christianisation. Vers 876, le moine Anschaire et Harald à la Dent Bleue, évangélisèrent leurs sujets mais sans grands succès[28]. L’Église impose la « prima signatio » (baptême simplifié) aux Vikings s'ils veulent continuer de commercer dans le monde chrétien. Peuple de commerçants avant tout, les Vikings acceptent d'autant qu'ils ne voient pas d'objection à compter un dieu de plus parmi les leurs. Lors de la cérémonie, ils reçoivent également une aube blanche. Certains se font baptiser plusieurs fois afin d'obtenir plusieurs tenues que leurs épouses transforment[réf. nécessaire].

     

    Le changement décisif se produisit lorsque de grands chefs se convertirent. Des princes comprirent tout l'intérêt d'embrasser une religion qui consolidait leur pouvoir. En Francie, le jarl Rollon accepta d'être baptisé en échange de recevoir un territoire qui allait devenir le duché de Normandie. C'était un excellent critère d'intégration dans le monde franc. En Scandinavie, des rois se servirent de la religion du Christ afin de « dépasser les particularismes culturels et surtout les dissensions politiques entre clans[88] », le but étant d'unifier leur royaume. La christianisation engendra des résistances suivies de bannissements et de brutalités, car cette nouvelle foi était coercitive, imposant un dieu unique. Les Vikings avaient l'obligation d'abandonner leurs anciennes croyances. « L'Église n'autorise pas d'autres dieux, qu’elle considère comme des démons et des forces du Mal. Freyja, la Grande Déesse des Vikings, symbole de la fécondité, fut pour l’Église un objet de ridicule et de mépris[89]. »

     

    Autour de 974, Otton II du Saint-Empire envahit le Danemark. Le roi Harald à la Dent Bleue et son allié norvégien, Håkon Sigurdsson, perdirent une bataille près du Danevirke et furent contraints, pour avoir la paix, d'accepter le baptême et de christianiser leur peuple[90] mais une fois revenu en Norvège, Hakon se débarrassa des prêtres autour de lui et reprit ses anciennes croyances[91]. En 985, Harald à la Dent Bleue unifie et christianise le royaume sous sa poigne. Le prince norvégien Håkon le Bon se fit baptiser en Angleterre et, de retour en Norvège, entreprit une christianisation de son pays. Il rencontra une forte opposition à la propagation de sa foi. « En 933, des sujets de Hakon [le Bon] brûlèrent des églises, tuèrent des prêtres et forcèrent Hakon à abandonner son projet de christianiser tout le pays »[92]. Maîtres du Trøndelag, les jarls de Lade, Håkon Grjotgardsson, son fils Sigurd Håkonsson puis son petit-fils Håkon Sigurdsson, résistèrent à la christianisation de la Norvège, restaurèrent le culte des anciens et des divinités malgré les efforts des rois, en particulier Harald à la pelisse grise[93].

     

    « L’opposition à la foi chrétienne fut brisée environ vingt ans plus tard avec une violence peu chrétienne, d'abord par le roi Olaf Tryggvason, baptisé en 995[réf. nécessaire]. » « Il fit preuve d’une poigne évangélisatrice redoutable pendant les cinq ans de son règne sans doute mû par un fanatisme religieux hors du commun. Son œuvre fut achevée par Olaf Haraldson[94] » (1016-1028). Olaf Haraldsson lança la christianisation plutôt par l’épée que par le verbe. La résistance païenne fut tenace, surtout dans le Trondelag, de telle sorte qu'en 1030 le roi Olaf trouva la mort à la bataille de Stiklestad[95].

     

    Tryggvasson imposa le christianisme aux Îles Féroé, avec l'aide du jeune chef féroïen Sigmundr Brestisson, (Færeyinga saga) et en Islande, en envoyant des missionnaires comme Thangbrandr dont l'efficacité n'avait d’égale que la violence (Kristni saga "Saga de la christianisation")[96]. L'historien Olaf Olsen explique : « C’est également sous la pression d’Olaf Tryggvason qui menait alors un combat acharné contre le paganisme norvégien, que l’Islande accepta le christianisme »[95].

     

    Au cours d'une réunion de l'Althing au solstice d’été de l'an 999[97], les Islandais décidèrent, contraints et forcés, d'adopter le christianisme officiellement. «Les menaces du roi Olafr Tryggvason, qui décide de garder tous les fils de grands chefs islandais séjournant en Norvège, pèsent certainement d'un grand poids sur le fameux Althing de 999[98]. Régis Boyer s'étonne que ce point soit souvent escamoté par les commentateurs. Il rappelle : « l'Islande se divise en deux camps, le païen et le chrétien, qui évitent de peu l'affrontement violent, juste avant l'ouverture de l'althing de 999 ». Thorgeirr Ljosvetningagodi, un chef reconnu des deux parties, est chargé de trancher : il décide après une très longue réflexion solitaire que tous les Islandais seront chrétiens[99]. Cette décision est motivée aussi par la crainte d'une division religieuse, et donc politique, du pays entre païens et chrétiens, ces derniers étant déjà nombreux sur l'île. Ce risque de partition était d'autant plus grand que l'Islande ne connaissait ni roi ni quelconque prince à sa tête[100].

     

    En Suède, malgré le zèle des missionnaires comme l'évêque Bruno de Querfurt, le paganisme demeurait encore au XIe siècle. Les missionnaires, voyant qu'ils ne pouvaient pas détruire les anciennes croyances, les christianisèrent progressivement en récupérant les anciennes déités païennes[101].

     

    Les Varègues furent contraints d’accepter la christianisation, en même temps que les Slaves, en 989, lors du baptême général ordonné par le roi Vladimir Ier[102]. « Le puissant roi chrétien Olof Skötkonung voulut imposer le christianisme, la résistance fut si forte que des missionnaires chrétiens furent attaqués et tués[réf. nécessaire] ». Certains furent crucifiés[95]. Rédigée vers 1230 par un aristocrate islandais, Snorri Sturluson, l'Histoire des rois de Norvège raconte la difficulté, la fragilité et la violence de l'implantation du christianisme en Norvège.

     

    Les textes de Snorri Sturluson lui-même vantaient les exactions chrétiennes : « Ceux qui n'abandonnaient pas le paganisme étaient expulsés, à d'autres il [ndlr Olaf Haraldson]) faisait couper les mains ou les pieds ou extirpait les yeux, pour certains il les faisait pendre ou décapiter, mais ne laissait impuni aucun de ceux qui ne voulaient servir Dieu […] à qui il affligeait de grands châtiments […] Il leur [le peuple norvégien] donna des clercs et en institua dans les districts[103]… »

     

    « Olaf, roi de Norvège en 1016, vu comme un héros, était un conquérant sanguinaire, canonisé à sa mort, christianisateur et unificateur de la Norvège, il fut le champion, comme Charlemagne d’un pouvoir central fort et chrétien[104]. »

     

    Navigation[modifier | modifier le code]

     

    Les Vikings ont parcouru toutes les mers européennes et même au-delà. Ils ont remonté les fleuves et les rivières d'Europe occidentale et de Russie. Cette expansion n'aurait pas été possible sans la qualité des navires qu'ils construisaient.

     

    Navires vikings[modifier | modifier le code]

     

    Article détaillé : bateau viking.

     

    « Quiconque a vu le bateau d'Oseberg ne verra plus jamais les Normands du IXe siècle comme des barbares vils et insensibles[105] » écrivait un historien[Lequel ?] après avoir visité le musée des navires à Oslo. Même si elle reste imparfaite, la connaissance des bateaux scandinaves a progressé grâce aux découvertes archéologiques d'embarcations. Le navire d'Oseberg mis au jour en 1904 est l'un des plus beaux spécimens conservés auquel on peut lui comparer celui de Gokstad[106] et ceux de Skuldelev[107]. L'iconographie, au premier rang la Tapisserie de Bayeux, apportent d'autres informations.

     

    Il n'existe pas un bateau-type scandinave. Son architecture variait selon la destination (commerce de cabotage, au long cours, guerre ou apparat) et évolua dans le temps. Toutefois se dégagent quelques points communs. La proue et la poupe sont relevés ; leur coque est construite à clins. Depuis le VIIIe siècle, ils sont propulsés par le vent grâce à une voile rectangulaire en laine. Ce navire remonte très bien au vent[108]. Ce qui n'empêche pas les bateaux d'être aussi équipés d'avirons. Les navires de guerre, comme celui de Gokstad, sont appelés langskip ou snekka[109]. Le terme drakkar est un barbarisme erroné créé au XIXe siècle, inspiré du terme suédois moderne « drake » (dragon) – et non « dreki » en norrois – auquel un double « k » a été ajouté pour en accentuer l’aspect exotique. Les Vikings ne désignaient pas ainsi leur embarcation.

     

    Les archéologues reconnaissent l'excellente architecture des bateaux scandinaves. Ils s'étonnent notamment de la souplesse de la coque. Les membrures sont fixées au bordé - et non à la quille - par des liens d'osier, des lacets de cuir ou, pour les modèles tardifs, par des chevilles[110]. Résultat, le navire peut affronter la haute mer en se tordant face aux vagues. Outre la souplesse, les bateaux vikings sont reconnus pour leur légèreté. La coque fait quelques centimètres d'épaisseur. Du coup, le tirant d'eau est faible, donnant l'impression que le bateau glisse sur les flots. La vitesse pouvait dépasser les 10 nœuds.

     

    Connaissance maritime[modifier | modifier le code]

     

    Les Vikings n'utilisaient pas de boussole ou de compas mais la « pierre de soleil » est mentionnée dans un passage d'une saga sur le roi Olav Haraldsson II[111]. Cette « pierre de soleil » pourrait être en fait un spath d'Islande (Iceland spar (en)), cristal de calcite transparent relativement courant en Scandinavie et qui a la propriété de dépolariser la lumière du soleil, la filtrant différemment selon le pointage[112]. Cette pierre permettait au capitaine de s'en servir comme instrument de navigation même par temps couvert.

     

    Ils n'avaient pas de cartes. La nuit, ils pouvaient s'aider de l'étoile polaire pour conserver un cap et le jour, s'appuyer sur la hauteur du soleil pour estimer leur latitude. C'est surtout l'observation de la mer, des repères terrestres et des animaux marins qui leur permettaient de trouver leur chemin en pleine mer. Le nombre plus grand de macareux annonçait la proximité des îles Féroé. La brusque variation de température de l'eau, conséquence de l'entrée dans un courant polaire ; le changement de couleur de l'océan passant du bleu au vert ; la multiplication des icebergs, indiquaient que le Groenland était proche[113]. Les navigateurs vikings connaissaient en outre les courants qui emmenaient facilement les bateaux d'un secteur à l'autre ou le trajet migratoire des baleines. Le Hausbók, un manuscrit islandais qui raconte notamment la navigation de Norvège au Groenland, fournit de nombreux détails de ce genre[114].

     

    Cette connaissance de la mer et plus généralement de la navigation a permis aux Vikings d'explorer des régions lointaines. À l'ouest, ils sont les premiers Européens à débarquer au Groenland. De là, ils ont découvert l'Amérique. À l'est, des Suédois ont emprunté le réseau des lacs et fleuves russes pour atteindre l'Asie centrale et ses routes caravanières venues d'Extrême-Orient.

     

    Connaissance du globe terrestre[modifier | modifier le code]

     

    Les Vikings connaissaient la forme de notre globe terrestre depuis longtemps : orbis terrarum en latin ou Heimskringla en vieux Norrois[pas clair]. Il subsiste un document datant du XIIe siècle qui l’atteste : l’Elucidarium[115]. Ce savoir leur a permis de s’aventurer très loin en mer sans craindre de « tomber dans l’abîme » censé entourer notre monde comme le pensaient beaucoup de leurs contemporains. Le navigateur grec Pythéas a effectué vers 340-325 avant J.-C. un voyage dans les mers du nord de l'Europe et il a très bien décrit et étudié la Scandinavie notamment l'île de Thulé située sur le cercle arctique qui pourrait être l’Islande ou la Norvège. Pythéas, comme tous les savants Grecs à cette époque connaissaient la forme de notre globe terrestre, ses échanges avec les Scandinaves sont peut-être à la source de leur savoir sur cette question, à moins qu’ils ne l’aient découvert par eux-mêmes.[réf. nécessaire]

     

    Exploration possible de l'Amérique[modifier | modifier le code]

     

    Plusieurs textes islandais, dont la saga des Groenlandais et celle d'Erik le Rouge, racontent la découverte par des Vikings de terres situées au-delà du Groenland. Vers 986, un navigateur groenlandais Bjarni Herjolfsson, dérouté par une tempête, aperçoit des terres et des forêts inconnues. Une vingtaine d'années plus tard, Leif, fils d'Érik le Rouge, entreprend une expédition pour vérifier le récit de Bjarni. Après plusieurs jours de navigation, il découvre de nouveaux territoires : un pays de montagnes et de glaciers qu'il nomme Helluland (« pays des pierres plates »), puis une côte dominée par un arrière-pays forestier, qu'il appelle Markland (« pays des arbres »), enfin, une terre agréable où les explorateurs pêchent des saumons et cueillent des grappes de raisins, le Vinland (« pays de la vigne »)[116]. À partir du XIXe siècle, des érudits avancent l'hypothèse que ces navigateurs ont en fait suivi les rivages de l'Amérique. Les Vikings auraient donc mis le pied sur le Nouveau Continent environ cinq cents ans avant Christophe Colomb.

     

    Les sagas étant généralement considérées comme des sources littéraires peu fiables (les nombreuses contradictions entre la saga des Groenlandais et celle d'Érik le Rouge le prouvant), des chercheurs tentent de trouver la preuve matérielle qui confirmera l'hypothèse. En 1898, une pierre runique est découverte à Kensington, aux États-Unis mais à ce jour, son authenticité n'est pas encore assurée. En 1930, un équipement guerrier typique d'un Viking est retrouvée à Beardmore en Ontario mais la découverte tourne au canular. L'hypothèse des Vikings comme premiers découvreurs de l'Amérique reprend de la valeur dans les années 1960 quand un couple d'archéologues norvégiens, Helge et Anne Stine Ingstad, révèlent les vestiges d'habitations vikings sur l'île de Terre-Neuve. Le site de l'Anse aux Meadows se compose de huit édifices distribués en trois complexes. Sont notamment dégagés un atelier de menuiserie, une forge, un four et un fourneau. La datation des objets artisanaux recueillis colle avec la date de l'expédition de Leif. L'Anse aux Meadows devient célèbre dans le monde entier et s'affirme comme la preuve qui manquait aux scientifiques[117].

     

    Aujourd'hui[Quand ?], subsistent toutefois quelques doutes. Même Régis Boyer, pourtant favorable à la thèse scandinave, avoue que le site archéologique ne résiste pas à une « hypercritique[62] ». Les maisons sont-elles vraiment vikings ? Les objets ne pourraient-ils pas provenir d'Inuits qui auraient troqué avec les Vikings ? La nouvelle datation au carbone 14 ne donne-t-elle pas une amplitude temporelle trop large ? Surtout, comment expliquer que les sagas parlent de vignes alors que Terre-Neuve, par sa position septentrionale, ne peut pas produire de raisins ? (néanmoins il ne faut pas oublier que Groenland signifie "terre verte" ce qui tend à démontrer un climat général plus chaud à l'époque… la présence de la vigne aurait donc été possible à cette latitude sous un climat plus chaud). [réf. nécessaire]

     

    Mœurs[modifier | modifier le code]

     

    Femme viking[modifier | modifier le code]

     

    Femmes vikings (reconstitution historique).

     

    La société viking est « viriliste » et patriarcale mais comme le viking s’en allait plusieurs mois, la ferme était sous la responsabilité de la femme, la húsfreyja, qui veillait à la bonne marche de tout. Elle était souveraine innan stokks hýbýli (« enceinte sacrée du domicile ») et l’homme útan stokks (« à l’extérieur »). La femme viking contrairement à ses « cousines » européennes, jouissait d’un prestige évident. Elle assurait la pérennité des usages, des institutions, et l’instruction des enfants. Elle était la gardienne des traditions familiales, et finissait par être l’incarnation et l’honneur de son clan. Elle était plus souvent que l’homme, sorcière ou magicienne. Il arrivait parfois que la femme participe aux expéditions vikings, avec ou sans ses enfants.[réf. nécessaire]

     

    Les hommes étaient polygames. L’épouse en titre se reconnaissait aux clefs des coffres qu’elle portait à sa ceinture, elle avait les cheveux relevés en chignon pour manifester sa dignité, elle était la seule à diriger parmi les concubines. Pour faire valoir des droits à l’une des concubines, il était indispensable que leur « amant » l'ait reconnu officiellement, ce qu’il faisait très rarement pour éviter de déséquilibrer le clan et tous conflits d’héritage.[réf. nécessaire]

     

    Famille[modifier | modifier le code]

     

    L’année ne connaissait que deux saisons (misseri) été et hiver. Le mariage avait lieu le plus souvent vers la fin octobre durant les trois jours des vetrnoetr qui symbolisaient la venue de l’hiver. C’est le meilleur moment pour les noces (brúđlaup), les récoltes sont rentrées, le foin est prêt, le bétail est installé, le poisson séché, la bière brassée, les expéditions vikings interrompues… il y a un temps de répit.

     

    Environ une année avant le mariage avaient eu lieu les fiançailles (festarmál) où l’on buvait la bière de fiançailles (festaröl) et l’hydromel. Sous ces latitudes il n’y avait pas de clivages sociaux, mais dans les familles soucieuses de la tradition, les mariés devaient avoir de préférence un rang social proche et être d’égale fortune (jafnroedi). La mariée apportait une dot (heimanfylgja). La part du mari était le tilgjöf, auquel il ajoutait un douaire (mundr). La mariée pouvait demander le divorce ou la séparation et demeurait propriétaire de sa dot et du douaire. Avant la cérémonie il y avait le bain de la mariée (avec les demoiselles d’honneur). Elle relevait ses cheveux et les attachait avec un ruban ou un bijou. Elle attachait à sa ceinture les clés de la maison et du coffre pour devenir la Húsfreyja (maîtresse de maison). Une offrande était faite à Frigg pour appeler sur les époux le bien-être, la fertilité-fécondité et la paix, et à Freyr dieu du bonheur du plaisir et des biens. L’union était consacrée « til árs ok fridar » pour une année féconde et pour la paix. Les croyances vikings n’étaient pas associées à un clergé, c’était le chef de clan qui présidait l’évènement avec le marteau de Thor (mjulnir). On cachait également un marteau de Thor dans le lit de la mariée. Le banquet (brúđveizla) avait lieu dans la salle commune (skáli). On se jurait de ne pas tenir compte des propos qui seront échangés une fois que l’on sera bien ivre. Des toasts étaient portés aux dieux et aux grands Ancêtres, drekka minni (boire à la mémoire de). Le lendemain matin le mari offrait un présent à son épouse (morgingjöf)[118].

     

    L’enfant viking (barn), devient adulte (maðr) à 12 ans puis 14. On le nomme skilgetinn, quand il est l’enfant légitime de l’épouse en titre et oskilgetinn l’enfant des concubines.

     

    Médecine et magie[modifier | modifier le code]

     

    Homme ou femme pouvait être médecin "loeknir". La magie et la sorcellerie étaient exercées strictement par les femmes. Les sorciers masculins étaient considérés comme homosexuels (passifs) ce qui avait une connotation très négative de déshonneur, de couardise et non-virilité dans la société viking. Les Vikings pouvaient intervenir sur leur destin qui n’était pas inéluctable comme il le devint à l’époque chrétienne. Le recours aux magiciennes et aux sorcières était un moyen de questionner les esprits et de s’en servir pour exécuter les ordres du sorcier. Également pour la guérison, porter bonne chance, contrôler le climat, susciter le gibier et le poisson, la virilité, rechercher les choses cachées dans les domaines de l’esprit ou matériel. Mais il y avait également une magie destructive. Il existait d’autres pratiques comme le Galdr, Gandr, Utiseta, magie[119].

     

    Mœurs sexuelles[modifier | modifier le code]

     

    Les sagas décrivent les Vikings comme discrets et pudiques. Régis Boyer a relevé dans les sagas « des restrictions sociales et sexuelles », « pruderie et pudibonderie », « restrictions sexuelles codifiées », « perversions sexuelles radicalement proscrites par la législation ». Le viol, les perversions sexuelles, l'homosexualité… étaient radicalement proscrits par les législations. Il n'existe pas d'injure plus grave que de traiter un homme d´argr ou ragr (homosexuel). Quiconque était pris en flagrant délit de viol ou d´ergi (homosexualité) était hors la loi. Il s'était déshumanisé, on pouvait impunément le tuer, puisqu'il ne correspondait pas à l'opinion que l'on se faisait de la nature humaine[120]. Une accusation fausse d'homosexualité était un crime équivalent à un meurtre[121]. Au contraire, à en croire le témoignage d’Ibn Fadlân, les Rús de la Volga font l'amour en public avec leurs esclaves, et l'esclave qui va mourir lors des funérailles de son maître se donne à une partie de la clientèle de celui-ci, juste avant d'être sacrifiée dans le bateau sépulture.

     

    Funérailles[modifier | modifier le code]

     

    Articles détaillés : Funérailles vikings et Bateau-tombe.

     

     

    Structure sociale et politique[modifier | modifier le code]

     

    Hiérarchie sociale[modifier | modifier le code]

     

    L’organisation de la société est à la base clanique, tout tourne autour de la famille, (Aett ou kyn) qui est sacrée. C’est une société très peu hiérarchisée, assez égalitaire et autarcique. Les Vikings étaient modérément libertaires individualistes, très solidaires et non inféodés. Ils constituaient une société pragmatique et réaliste, ils étaient des hommes d’action aimant les valeurs d’action[122],[123].

     

    • Les Boendr, (sing. Bondi) : hommes libres, constituent la grande majorité de la société. Ils ont le droit de vote au Thing et Althing. Ils sont propriétaires, paysans, pêcheurs, guerriers, commerçants, artisans (smidr), chargés de l’administration et du gouvernement. On peut distinguer les Storboendr (grands Boendr), et les Smaboendr (Boendr ordinaire) aux conditions plus modestes, ils ont néanmoins les mêmes occupations et prérogatives que les grands Boendr.

     

    • Les Konungar (sing. konungr, mot dérivé de kyn :famille) ou Jarlar : Chefs de clan, roitelets, Hovding (chefs d’expédition viking), ils ont été élus ou ont hérité de la fonction avec l’accord du conseil des Boendr (Thing). Ils sont soumis à la loi. Ils doivent être avant tout des grands chefs de guerre. Ces souverains ont beaucoup moins de prérogatives que leurs homologues européens compte tenu du caractère libertaire individualiste des Vikings. Les Jarlar ducs ou comtes, sont à la tête de filki (une division administrative) avec au moins quatre hersar. Leurs devoirs étaient de maintenir l’honneur, améliorer la sécurité et le bien-être de leur peuple. Ils communiquaient les informations et les ordres importants avec « le message par la flèche ». Une flèche aux couleurs d’un konungr circulait parmi les clans qui avaient l’obligation de propager l’information[124]. Les Saekonungr (roi des mers) ne possèdent pas de terres. Les sagas les décrivent ainsi : « Celui qui jamais ne dormait sous une charpente couverte de suie ni ne buvait au coin de l'âtre[125]. »

     

    • Les Thraell (plur.Thraellar) : étaient des « captures de guerre » lors des strandhogg (raids) qu’ils vendaient ou ramenaient dans leurs clans. Ce ne sont pas réellement des esclaves taillables et corvéables à merci tels que nos sociétés se les représentent. On ne pouvait pas les maltraiter, les tuer ou les mutiler impunément. Ils bénéficiaient du respect de leur dignité humaine. Ils n’étaient pas vraiment libres, et n’avaient pas le droit d’ester mais avaient une très grande facilité à s’émanciper, à recouvrer la liberté en l’achetant, en se mariant avec un(e) Scandinave, ou en ayant rendu un grand service à leur maître. Ils devenaient des leysingi ou frjalsgjafi (à qui l’on a donné la liberté)[126].

     

    • L'Umagi, celui qui ne peut subvenir à ses besoins. Ces indigents assez nombreux, (vieux, infirmes, malades, vagabonds…) ainsi que les pauvres (fatoekr : celui qui prend/reçoit peu de chose) vivent grâce au hreppr (la solidarité des clans).

     

    • Le Godi : les hommes, et plus rarement les femmes, pouvaient accéder à la fonction de Godi (plu.Godar). Plutôt riches et influents sur le plan politique, ce sont des chefs de clans. Cette fonction peut être rachetée ou héritée. Ils siègent aux jurys des Things, et Hreppar (sing. Hrepr : sorte d’assurance tous risques, solidarité entre clans). Ce sont des administrateurs, des hommes de lois, responsables des pratiques, coutumes, lors des grandes dates de l’année, (équinoxes, solstices, Jol…) et lors des grands évènements (naissance, mariages, funérailles, mémoire des Ancêtres…). Ils ne sont ni des prêtres, ni des druides, ils n’ont pas de religion, pas de dogmes ni de temples, ni caste religieuse…Ils devinrent des prêtres lors de la christianisation[127],[128].

     

    Assemblées[modifier | modifier le code]

     

    Article connexe : Thing.

     

    En Islande, les Thing, Althing ou Leid sont les assemblées saisonnières de tous les hommes libres dans tous les districts où sont prises les décisions d’intérêt général, les procès, les projets. Un caractère sacré s’attachait à cette institution, présidées par le Lögsöguma (l’homme qui dit la loi) élu pour trois ans. Le dieu du Thing fut sans doute Týr. Au printemps se tenait le « Varthing » (où se préparent les thèmes à venir). Au solstice d’été le « Althing » où se tenaient les votes, jugements, projets, échanges d’informations sur les voyages, récits de poèmes de sagas, cessions d’héritages, ventes de biens, transactions commerciales, mariages… durant deux semaines. En automne avait lieu le « Leid » qui entérinait les décisions prises en juin. Pour prendre part à ces assemblées il fallait s’acquitter du Thingfarakaup (adhésion, impôt, affecté à l’organisation du Thing). Les Thing avaient lieu dans des endroits naturels, vastes et représentant un avantage acoustique comme un mur naturel de basalte (site de Lögberg ou Mont de la loi)…Lors des procès, le verdict maximum était la compensation financière (bot), l’exil dans les bois (le skoggandr), le bannissement (fjorbaugsgardr) durée limitée, trois ans en général, mais pas de peine de mort sauf dans des domaines très précis de nature à invalider la qualité humaine du coupable (homosexualité, viol, vol). Ils étaient alors qualifiés de obotamal (un cas qui ne saurait appeler compensation)[129].

     

    Hreppr[modifier | modifier le code]

     

    C'est le devoir social de solidarité entre clans et envers les pauvres fataekr, ou félitill (qui a peu de biens), vieillards, malades…antérieur au christianisme. Quand la famille faisait défaut, le district (fjordungar), la province ou le land pouvait s’en charger, ou le hreppr. C’était l’équivalent de notre sécurité sociale, assurance maladie, assurances tous risques… (Pauvreté, perte de bétail, incendies…). Le hreppr était composé d’une vingtaine de Boendr et davantage, payant le Thingfararkaup, percevant l’impôt dont un quart revenait aux pauvres qui bénéficiaient également des dons en nourriture (matgjafir)[130].

     

    Économie[modifier | modifier le code]

     

    Commerce[modifier | modifier le code]

     

    Ce serait en raison de la pauvreté de leurs terres et de la rudesse du climat, que, selon Régis Boyer, les Scandinaves se seraient naturellement tournés vers l'activité commerciale[131].

     

    Régis Boyer insiste aussi sur l'erreur de cantonner les Vikings à un rôle de combattants pillards et violents. Pour ce professeur de littératures et de civilisations scandinaves, les hommes du Nord tant redoutés des Occidentaux, étaient avant tout des commerçants. Pour preuve, Viking désignerait l'homme qui va de vicus (ville comptoir marchand) en vicus. Quant à Varègue (Væringr), sa signification serait l'homme qui s'occupe de marchandises (var). On sait toutefois que ces interprétations étymologiques sont débattues. Régis Boyer rappelle que les Vikings pratiquaient au moins le commerce depuis le VIe siècle. Ce n'est qu'à la faveur d'un affaiblissement de l'empire carolingien que ces commerçants se sont convertis en guerriers prédateurs entre grosso modo 800 et 1050[132]. La dualité marchand-brigand ne cessa pas avec les raids vikings. Le butin ramené d'Occident était en partie vendu sur les places commerçantes de Scandinavie. Dans la seconde moitié du IXe siècle, le roi de Wessex Alfred le Grand s'entendit avec un "Norvégien" nommé Ottar pour s'approvisionner en ivoire et peaux alors même qu'il combattait depuis le début de son règne les Scandinaves établis en Angleterre[133].

     

    Difficile de considérer encore les Vikings comme des barbares quand on regarde le développement des territoires qu'ils se sont vu confier ou qu'ils ont colonisés. Ils se sont révélés de talentueux administrateurs. Qualité que les Slaves avaient, semble-t-il, remarquée puisque, selon la Chronique de Nestor, ils auraient demandé aux Varègues de les gouverner. Ce serait l'explication de leur installation en Europe de l'Est. Et on sait que les Vikings y ont fondé deux États dont l'union autour de l'an 900 formera la Russie. Le sens de l'organisation et la discipline scandinaves ont profité aussi au Danelaw et surtout à la Normandie. Dans ce dernier territoire, les Vikings sont à l'origine d'un État modèle. Modèle d'administration, modèle de vigueur économique et de vigueur tout court puisque les Normands se lanceront au XIe siècle à la conquête de l'Angleterre et de l'Italie du Sud. Il ne faudrait pas oublier parmi les réussites scandinaves un pays isolé, l'Islande. Les Vikings y ont inventé un système de gouvernement original, non une république comme souvent dit, mais plutôt une « oligarchie ploutocratique »[134]. Des assemblées réunissant les grands propriétaires fonciers déterminaient la politique et la gestion de l'île.

     

    Espace commercial[modifier | modifier le code]

     

    Au cours du haut Moyen Âge, la Scandinavie est progressivement intégrée à un espace commercial centré sur la Mer du Nord et la Manche[135]. Les marchands frisons jouent un grand rôle dans cette expansion. Une route commerciale se met en place de l'océan Atlantique à la mer Baltique en remplacement de l'axe méditerranéen contrôlé par les Arabes depuis le VIIIe siècle.

     

    Les Vikings agrandissent à leur tour cet espace en explorant de nouvelles voies et en installant des comptoirs jusqu'aux extrémités de l'Europe. Byzance est atteinte en 839 par le Dniepr. Des bateaux partent pour l'Islande et le Groenland récemment colonisés par les Vikings pour ramener de l'ivoire de morse et des fourrures. La diversité géographique des objets retrouvés en Scandinavie atteste que les hommes du Nord établirent des contacts commerciaux au-delà du cadre européen. À York, comptoir du nord de l'Angleterre, des coquillages typiques de la Mer Rouge sont trouvés. Une tombe suédoise du VIe siècle recèle un bouddha. Lors des fouilles des comptoirs scandinaves, les archéologues découvrent des pièces arabes.

     

    Le commerce se pratique dans des comptoirs. C'est dans ces lieux que transitent les matières premières et les produits finis. Ils constituent aussi des centres de production où on travaille le bois, le fer, l'os ou le cuir. Birka et Hedeby sont les plus fameux comptoirs du monde scandinave. En 808, le roi Godfred fonde le premier à la base orientale de la péninsule du Jutland[136]. Au Xe siècle, la ville accueillerait selon les archéologues environ 1 500 habitants. Le second, Birka, également disparu, occupe une situation originale au milieu des terres suédoises, au bord du lac Mälar. D'autres comptoirs scandinaves sont des places importantes : Ribe, sur la côte occidentale du Jutland, Helgö en Suède, certains étant saisonniers comme Kaupangr en Norvège. L'expansion viking se concrétise par l'installation de comptoirs au-delà de la Scandinavie. L'un des plus anciens est Staraïa Ladoga, porte d'entrée de la future Russie, fondée vers 753. Les Varègues poussent plus loin dans l'intérieur des pays slaves et fondent Novgorod et Kiev. À l'ouest, les Vikings multiplient aussi les étapes, les principales villes irlandaises d'aujourd'hui sont d'anciens comptoirs. Ces comptoirs ne correspondent pas toujours à des créations ex nihilo. Certains comme York et Rouen prennent place à l'intérieur d'anciennes cités que l'installation viking revitalise.

     

    Produits du commerce[modifier | modifier le code]

     

    Les Vikings se spécialisent dans un trinôme de produits de luxe : l'ambre, les fourrures et l'ivoire de morse. La faible capacité des bateaux vikings aurait, dit-on, limité le commerce de produits pondéreux et moins lucratifs[137]. Cette vision de commerçants du luxe est née avec les découvertes des navires de Gokstad et d'Oseberg au XIXe siècle. Ces navires, très similaires, embarquent de nombreux membres d'équipage. Par ailleurs, étant pontés, ils ne possèdent aucune cale permettant de stocker des marchandises en quantité. Avec des navires aussi mal conçus, les commerçants n'embarqueraient que des marchandises peu encombrantes, donc des produits de luxe : a priori, remis en cause par les fouilles de Skudelev, dans le golfe de Roskilde en 1962. Les archéologues danois y découvrent plusieurs types de navires : navires de guerre pontés et navires de commerce avec cale ouverte. Les Vikings possèdent donc des bateaux de transport embarquant des tonnes de marchandises. Les navires découverts dans les tertres funéraires norvégiens, ne sont bien évidemment pas de vulgaire navires de transport, mais de prestigieux navires de guerre, de la famille des Langskip. Pour les auteurs français en particulier, il conviendrait de cesser de propager l'idée que les Vikings sont des « commerçants du luxe ».

     

    Récolté dans le sud de la Baltique et dans le Jutland oriental, l'ambre (résine fossilisée des forêts de pins) se négocie dans les comptoirs environnants. L'ambre sert à la confection de bijoux (amulettes, pendentifs ou colliers).

     

    Les Vikings commercialisent aussi les fourrures, fruits de leur propre chasse ou achetées aux Lapons. Dans les zones les plus septentrionales (Groenland, nord de la Scandinavie, Finlande, Russie), vivent en effet loups, ours, castors, écureuils, hermines, renards et martres. La noblesse, le haut clergé et les riches marchands d'Europe s'enorgueillissent de revêtir ces fourrures. Le renne, élevé notamment par les Lapons, fournit aussi des peaux mais ses bois sont également prisés pour la confection de peignes décorés et de montures d'épée[138]. Birka constitue la plaque tournante de ce type de commerce. Mis à part ces différents mammifères, les chasseurs apprécient l'eider, grand canard dont le mâle a un plumage noir et blanc, qui recouvre ses œufs avec ses plumes duveteuses[139].

     

    Les morses, nombreux au Groenland et autour de la Mer Blanche, sont recherchés pour leurs longues défenses, dont l'ivoire est utilisé pour différents objets de luxe comme les peignes, les crucifix ou les pièces de jeu d'échecs[140].

     

    Les comptoirs vikings sont aussi alimentés en esclaves : hommes et femmes, le plus souvent capturés lors des raids en Occident ou dans les pays slaves. Parfois, les Vikings jettent l'un des leurs en servitude. Olaf Tryggvason, roi de Norvège, passe sa jeunesse comme esclave avant d'être racheté par son oncle en Estonie[141]. Selon Régis Boyer, les esclaves capturés en France, d'abord rapatriés au Danemark, traversent la Baltique, la Russie, puis la Mer Noire, et sont vendus à Constantinople. Les Byzantins vendent ces esclaves au califat de Bagdad et au sultanat de Cordoue. Passer par Hedeby, Novgorod et Constantinople pour aller de Nantes à Cordoue, n'est pas très rationnel. Il y a tout lieu de penser que les esclaves faits sur la Loire et la Seine, loin d'être rapatriés vers la Scandinavie, étaient au contraire acheminés vers l'Espagne où se trouvait le principal acheteur d'esclaves en Occident, et surtout, les marchandises venues d'Orient que convoitaient tant les Scandinaves.[réf. nécessaire][142]

     

    Les Vikings importent des meules et du vin de Rhénanie, des brocarts en provenance de l'Empire byzantin, des soieries de Chine, de l'argent… Ils reçoivent aussi sûrement des matières périssables plus communes comme le miel, les tissus et les céréales, dont il ne reste toutefois pratiquement aucune trace.

     

    Agriculture[modifier | modifier le code]

     

    Types de cultures[modifier | modifier le code]

     

    Comme dans la majeure partie de l’Europe médiévale, la grande majorité des habitants de la Scandinavie médiévale étaient des agriculteurs. Les surfaces idéales aux activités agricoles et pastorales n’étant cependant pas légions dans ces pays, de nombreux paysans devaient avoir recours à la pêche et à la chasse pour assurer leur survie. Une schématisation grossière montrerait des Norvégiens principalement pêcheurs et des Suédois et des Danois principalement agriculteurs et éleveurs. Cette réalité est cependant à nuancer en fonction des différentes régions de chacun des pays. Dans tous les cas, les « bönder », c’est-à-dire les fermiers indépendants formant la majorité de la population scandinave de l’époque, étaient de véritables travailleurs polyvalents et étaient sans doute obligés de s’adonner aussi bien à la pêche qu’à l’élevage et à la culture[143].

     

    L’élevage (notamment bovins, moutons, porcs et volaille) était extrêmement important, et était pratiqué même au-delà du cercle polaire. Il est probable aussi que ce soit la recherche de nouveaux pâturages qui ait poussé de nombreux Scandinaves à s’établir en Islande, aux Îles Féroé ou au Groenland. Les végétaux cultivés consistaient, eux, principalement en seigle, orge, avoine et choux. La culture du seigle, et notamment celle du seigle d’hiver, a connu une période d’expansion durant l’âge viking.

     

    Parmi les spécialités alimentaires, on peut citer le thorrablot, conservé de façon très édulcorée par les Normands dans les tripes à la mode de Caen, les andouillettes, fromages au lait cru et de nombreuses spécialités culinaires au goût fort. Le célèbre « smalahove » de Voss, spécialité de tête d’agneau calcinée et fumée accompagnée de rutabagas pourrait aussi remonter à l’âge viking. Du côté des boissons, les Scandinaves étaient de grands consommateurs de bière au malt d’orge non houblonnée, et de boisson de type hydromel.

     

    Habitat rural[modifier | modifier le code]

     

    Le sud de la Scandinavie connaît un habitat groupé relativement précoce. Dans le Västergötland et l’Uppland, ce type d’habitat se met en place à la fin de la période viking. En revanche, dans le reste de la Scandinavie (autres parties de la Suède, Norvège, Islande après la colonisation), on a plutôt affaire à un habitat dispersé.

     

    L’archéologie a permis de mettre au jour des restes d’habitat rural de cette période. L’exemple le mieux connu est celui de Vorbasse, dans le Jutland.

     

    Outillage[modifier | modifier le code]

     

    L’usage de l’araire semble avoir été dominant dans toute la Scandinavie viking, mais la charrue était également connue. Le moulin à eau est une exception, mais il est tout de même attesté dès le IXe siècle.

     

    Artisanat[modifier | modifier le code]

     

    En plus d'être des places de transit et de négoce pour les matières premières, les comptoirs vikings étaient des lieux d'artisanat. On trouve donc des forgerons, des bijoutiers, des artisans travaillant les os, les bois de cervidés, le cuir, le bois ou l'ambre[140]. D'après les fouilles archéologiques, York était spécialisé dans le travail du bois ; Dublin produisait des épingles. Ribe, Ahus (dans le sud de la Suède) et Paviken (sur l'île de Gotland) étaient des centres de verrerie tandis qu'on travaillait la stéatite à Kaupang. Les Vikings des IXe et Xe siècles ont forgé[144], des épées (en) dans un acier de très haute qualité, les Ulfberht. Certains théoriciens supposent que l'acier de ces armes étaient importés d'Inde, via la route commerciale de la Volga, d'autres supposent que la forge à l'origine de ces armes serait franque[145].

     

    Vaðmál et fausse fourrure[modifier | modifier le code]

     

    Tissu filé à la maison produit par la toison des moutons. Habillant toute la population, utilisé pour la literie, tapisseries, bagages, cadeau pour les rois, de monnaie d'échange et surtout pour les voiles des bateaux vikings. « Sans exagérer, les voyages des Vikings n'ont été possibles que grâce aux voiles tissées par les femmes ». Les femmes inventèrent également une nouvelle forme de tissu (la fausse fourrure) tirées directement de la toison sans être traitées et placées régulièrement dans le tissu pendant le tissage, donnant l'aspect du pelage. Cela permettait de répondre au goût de luxe de l'époque où les hommes aimaient porter la fourrure alors que l'Islande était dépourvue de faune[146].

     

    Écriture[modifier | modifier le code]

     

    Les Vikings avaient une écriture, les runes. Système d’écriture « ancêtre » des runes, l’écriture dite d’Hallristinger a été découverte dans la partie nord nord-ouest de l’Europe, elle daterait de la fin de la préhistoire. L’alphabet runique est un mélange d’alphabets italique nordique/alpin avec une influence latine[147]. D'après Tacite, les pères des Vikings gravaient déjà les runes sur des supports comme le bois, l’os, l’ivoire, la pierre, l’écorce, les feuilles d’arbres fruitiers[148]

     

    Les Vikings, commerçants par excellence, en contact avec toutes les civilisations et toutes les marchandises, n’ignoraient pas le papier, le papyrus, le parchemin, le vélin… supports idéaux pour noter les transactions et les stocks pour le commerce. Néanmoins, peu de ces supports ont été retrouvés. Le climat humide probablement, mais plus que tout, les palimpsestes et les très nombreux autodafés catholiques (hérésie, Inquisition, sorcellerie…) puis les grands autodafés de la Réforme protestante ont eu loisir de détruire le reste durant un millénaire. Les seuls documents runiques subsistants sont ceux écrits par des moines, comme le Codex Runicus, les autres écrits étant suspects d'abriter des formules magiques et diaboliques.

     

    Actuellement[modifier | modifier le code]

     

    Si les Vikings ont disparu en tant que phénomène, la civilisation et les peuples scandinaves dont ils étaient issus se sont perpétués jusqu’à nos jours.

     

    Héritage linguistique[modifier | modifier le code]

     

    Les Vikings parlaient le vieux norrois, une langue germanique. Elle n'est plus parlée aujourd'hui mais l'islandais et le féringien en sont toujours restés plus proches que les autres grandes langues scandinaves. Ailleurs, des éléments linguistiques issus du norrois sont perceptibles dans la toponymie normande, britannique et, dans une moindre mesure, irlandaise. On trouve également de nombreux noms de familles normands issus d'anthroponymes scandinaves (Toutain, Anquetil, Estur, Doudement, Turgis, Théroulde, etc.).

     

    Les langues et dialectes eux-mêmes ont conservé des éléments lexicaux essentiellement, mais aussi des éléments grammaticaux : l’anglais principalement (booth, mug, take, sister, their, etc.), le mannois, le gaélique, le normand ((é)griller « glisser », tierre « longe, corde », falle « plastron, gorge », grade, garde « groseille », brumant « nouveau marié », flie « patelle », (i)èbbe « marée basse », etc.). Les termes relatifs aux techniques maritimes sont pour la plupart passés en français (hauban, hune, cingler, etc.). On trouve aussi quelques mots concernant la flore et la faune marine (varech, marsouin, etc.), ainsi que des découvertes géographiques.

     

    L'ancien français aurait compté 152 mots issus de l'ancien scandinave, alors qu'il n'en compte plus que 49 aujourd'hui[149]. On peut citer quelques termes, souvent en rapport avec le domaine maritime : agrès, carlingue, cingler, crabe, crique, duvet, étrave, flâner, garer (sens premier, 'amarrer un navire'), girouette, guichet, hauban, homard, hune, joli (peut-être dérivé du nom d'une fête scandinave, jôl, fête païenne du début de l'hiver), quille, marsouin, ris, turbot, varech et peut-être vague[150].

     

    L'anglais a conservé via le normand, et pendant longtemps, la tradition scandinave qui consiste à ajouter le nom du père à celui du fils. Par exemple Osbern a pour fils Roger FitzOsbern, c'est-à-dire « fils d'Osbern » cf. fitz. Cette coutume est bien attestée dans les familles nobles normandes à l'époque ducale et reproduit l'ancienne tradition norroise qui consiste à ajouter la terminaison -son « fils » au nom du père pour nommer le fils. Elle se perpétue encore de nos jours en Islande, sous forme d'une terminaison -son pour un garçon et -dottir pour une fille.

     

    La Russie leur doit son unification identitaire, son système patronymique et une partie de sa structure linguistique.

     

    Mythes et représentations[modifier | modifier le code]

     

    Représentation des Vikings au XIXe siècle.

     

    L’Occident leur doit un héritage culturel et légendaire qui a inspiré la littérature et l’imaginaire européen. Les pays nordiques usent de cet attrait pour leur promotion touristique. Et l’image toujours subjective des Scandinaves d’aujourd’hui est encore teintée d’admiration et on leur prête encore les qualités de leurs ancêtres, à savoir : bravoure, audace, curiosité, ingéniosité… Le mythe s’est par ailleurs chargé d’idées fausses. Les Vikings n'étaient ni gros ni barbus contrairement à l'image que l'on se fait d'eux[151].L'image des Vikings se limite souvent à celle de guerriers sanguinaires. Plusieurs historiens (Pierre Bauduin, Régis Boyer) essaient de réhabiliter les Hommes du Nord en révélant leurs différentes facettes.

     

    Stéréotype

     

    C'est le cliché du Viking, celui d'un homme qui combat, massacre, pille et détruit. Cette vision doit largement aux récits contemporains des ecclésiastiques. Très affectés par les raids, ces auteurs peignent les hommes du Nord comme des barbares pour renforcer leur image de païens et ainsi les diaboliser. Les pierres runiques et les sagas scandinaves ne sont pas en reste puisqu'elles ont tendance à glorifier la violence et la bravoure guerrière de leurs personnages[152]. En dépit d'exagérations, ces différents récits recèlent une part de vérité. Les Vikings savaient se montrer cruels et violents, afin d'entretenir la terreur parmi les populations occidentales et obtenir plus facilement d'elles des danegelds (tribut). La violence relevait donc plus d'une stratégie d'intimidation.

     

    Pour mieux juger la mentalité guerrière des Vikings, une comparaison avec les peuples contemporains est éclairante. Les valeurs guerrières scandinaves - bravoure, générosité du chef qui redistribue les richesses captées entre ses compagnons - se retrouvent chez les Mérovingiens, les Carolingiens et plus tard, chez les chevaliers. Il faut aussi rappeler qu'en ce haut Moyen Âge, les Scandinaves n'avaient pas le monopole de la cruauté.

      

    Fustel de Coulanges voit dans la royauté mérovingienne « un despotisme tempéré par l'assassinat »[153]. À la fin du VIIIe siècle, la conquête de la Saxe par les Francs de Charlemagne s'est accompagnée de massacres, de destruction et de conversions forcées, comme le prévoit le Capitulaire De partibus Saxoniae[154]. Enfin, l'historien Peter Hayes Sawyer (en) souligne que ces Vikings dont les sagas ou les chroniques relatent les ravages et les tueries ne forment qu'une minorité des Scandinaves. Il s'agit en fait de l'élite aristocratique[152].

     

    Des points plus précis dans la représentation des Vikings méritent également d'être remis en cause. Ils n'ont par exemple jamais bu dans le crâne de leur ennemi, fantasme dû à une traduction malheureuse de « la branche courbe du crâne », une expression qui désigne en réalité une corne. Celle-ci était employée par les Scandinaves de l'époque viking pour boire lors de festins et cérémonies.

     

    Autre remise en cause, les Vikings ne portaient pas de casques à cornes, à l'exception de demandes en mariage pour montrer leur richesse, et lors des grandes cérémonies[155]. Ce mythe a été créé en Suède vers la fin du XIXe siècle, puis popularisé par des bandes dessinées comme Astérix ou Hägar Dünor et de nombreuses autres fictions.

      

    En revanche leur casque pouvait avoir des "lunettes" ou un nasal (tige de fer devant le nez, comme l’atteste la tapisserie de Bayeux) qui lui donne un air de casque grec. De plus ces casques en métal n'étaient les attribut que des riches guerriers, les autres portant des casques de cuir.

     

    Évolution de la représentation[modifier | modifier le code]

     

    Représentation du scalde viking Egill Skallagrímsson dans la saga d’Egill.

     

    Si au Moyen Âge les Vikings sont vus en Occident comme les suppôts du diable, une réhabilitation s'opère à partir des XVIIe et XVIIIe siècles, notamment avec les monarchies scandinaves' qui font du viking un des mythes fondateurs de leur histoire nationale (à travers la littérature, la collecte des éléments de la mythologie), ou avec Montesquieu et Mallet qui voient dans l'aristocratie guerrière viking qui se choisit ses chefs un rempart contre l'absolutisme[156]. Selon Régis Boyer, ce changement d'optique doit probablement au développement du « mythe du Nord » qui excite l'imagination des écrivains[157].

      

    Au siècle des Lumières, les Vikings sont considérés comme le berceau de la chevalerie. Issu d'un nord plus pur, ils auraient régénéré l'aristocratie et puni l'Église de ses égarements. Les Romantiques s'emparent plus tard de ces Nordiques. Ils les considèrent comme des hommes libres et admirent leur goût pour l'aventure maritime. Leur bravoure et leur courage sont loués. Ainsi au début du XIXe siècle, le nationalisme romantique ravive les monarchies scandinaves alors en déclin, avec notamment des groupes d'étudiants comme la Ligue gothique (en) qui font du Viking la figure mythologique du Nordique héroïque[158].

     

    Reconstitution d'un combat viking. Danemark, 2005.

     

    Les historiens et archéologues constatent qu'en quelques générations, ils se fondirent dans la population selon le processus d'acculturation voire d'assimilation[159]. Plus rien ne les distinguait des autochtones.

      

    Ce fut le cas en Normandie, en Russie ou en Irlande du Sud. Régis Boyer s'amuse aussi de la bravoure légendaire des Vikings. Leur tactique, conséquence de leur faible nombre, se résumait à des attaques surprises de lieux en général mal ou pas défendus.

      

    Les exceptions au principe posé par Régis Boyer sont cependant nombreuses : Paris, Bordeaux, Toulouse, Narbonne, Dax, Hambourg, Lisbonne, et quelques autres cités européennes ne peuvent être considérées comme des lieux mal défendus. Lucides et non téméraires, ils préfèrent se retirer quand l'ennemi est supérieur ou leur résiste vigoureusement. En 885, ils abandonnent le siège de Paris défendue par Gozlin et le comte Eudes.

      

    Mais, loin de se retirer, ils poursuivent leur remontée du fleuve et ravagent la Bourgogne. En Angleterre, après de nombreuses batailles, Alfred le Grand, les refoule au nord de la Tamise, mais les Vikings restent maîtres de l'Est-Anglie, d'une partie de la Mercie et de la Northumbrie où ils fondent le Danelaw. Régis Boyer prétend également que les Vikings évitent les batailles car ils sont toujours battus si une armée les contraint au combat. Ce principe peut cependant une fois encore se voir contredit par de nombreux exemples. Il suffit de lire les Annales Royales franques, les Annales de Xanten ou les Annales de Metz pour découvrir trace de plusieurs batailles rangées remportées par les Scandinaves sur les Francs.

     

    Actuellement, des associations de reconstitution historique viking[160]réactivent le mythe du guerrier scandinave mais réalisent également un travail historique par leurs recherches documentaires et leurs travaux d'archéologie expérimentale[161].

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Carte de la Gaule et des peuples gaulois

     

     

        

    Cette carte présente les limites des départements actuels pour mieux situer les peuples gaulois.


    Les contours naturels ont cependant été modifiés :
    la mer recouvrait alors le marais Poitevin, la Brière, le bas Médoc...


    Ces peuples sont rassemblés autour de que l'on appelle une civitas :
    ce terme désigne aussi bien le chef-lieu que ce qui correspond à l'équivalent du département ou de la région.


    > les pays des Vénètes et des Osismes correspondent approximativement
    aux départements du Morbihan et du Finistère


    > les pays des Arvernes et des Eduens sont plus proches de la taille de nos régions actuelles :


    ils correspondent (très approximativement) à l'Auvergne et à la Bourgogne.
    > les Vellaves sont clients (vassaux) des Arvernes.

     

    Noms antiques des villes & peuples de la Belgique

      peuple gaulois région ville nom antique remarques
     

     

     

    Gold Coin of the Parisii. 2nd century B.C. #Celtic:

     

    BELGIQUE

      Morins   Thérouanne Taruanna entre Calais et Arras
        Boulogne Bononia désignait la ville haute & Gesoriacum, la ville basse et le port qui correspond au Portus Itius cité et utilisé par César pour aller en (Grande) Bretagne
    Ménapes   Cassel Castellum Menapiorum sud de Dunkerque (point culminant de la Flandre, 176 m) ; puis la capitale devient Tournai
    Nerviens   Bavay Bagacum entre Maubeuge et Valenciennes, habitent le Hainault, puis Cambrai
        Cambrai Camaracum  
        Tournai Tornacum  
        Famars Fanum Martis temple de Mars
    Atrébates Artois Arras Nemetacum Nemetocenna (Jules César), du gaulois nemeton (temple)
    Ambiens   Amiens Samarobriva (Jules César) de Samara est l'ancien nom de la Somme & brivo (pont)
    Viromanduens Vermandois Vermand Viromandis ancienne capitale, puis transfert à Saint-Quentin (sous Auguste)
        Saint-Quentin Augusta Viromanduorum capitale jusqu'au IVe siècle, puis de nouveau transfert possible à Vermand, puis Noyon
        Noyon Noviomagus capitale à partir du VIe, puis de nouveau Saint-Quentin (IXe)
    Bellovaques Beauvaisis Beauvais Caesaromagus du nom de Caesar (César) & magos (marché)
    Rèmes   Reims Durocortorum capitale de la Belgique
    Médiomatriques   Metz Divodurum ou Médiomatrices
    du gaulois divo (divin) & duro (forteresse)
        Verdun Virodunum  
    Suessions   Soissons Augusta Suessionum  
    Silvanectes   Senlis Ratomagos

    puis Augustomagus ; devient civitas au début du IVe siècle (à l'origine, dépendait de Soissons)

    Leuques Toullois Toul Tullum  
    Tricasses   Troyes Augustobona d'Auguste & bona (fondation, ville)
    Lingons   Langres Andemantunnum  
        Châlons en Champagne Durocatalaunum devient civitas au début du IVe siècle ; c'est dans cette région que se déroule en 451 la bataille des Champs Catalauniques, victoire contre les Huns d'Attila ; anciennement Châlons-sur-Marne.
        Dijon Divio  
        Vertault Vertillum  
    Séquanes   Besançon Vesontio habitaient la France-Comté, originaire de la vallée de la Seine (Sequana) d'où leur nom qu'ils ont certainement transmis à la Saône
        Mandeure Epomanduodurum Doubs
        Luxeuil-les-Bains Luxovium  
        Beaune Beleno de Belenos, dieu solaire, identifié par Jules César à Apollon
    Ambarres   Izernore Isarnodorum dans l'Ain, fait partie de la Séquanie
    Trévires   Trèves Augusta Treverorum Trèves (en allemand Trier) fut fondée par les Romains vers l'an 15
    Helvètes Confédération Helvétique Avenches Aventicum la capitale se déplace ensuite à Windisch puis Lausanne (VIIe)
        Windisch Vindonissa  
        Lausanne Lousonna  
        Yverdon Eburodunum  
    Rauraques   Augst Augusta Rauracorum à l'est de Bâle, peuple originaire de la Ruhr (en latin Raura). Puis le centre se déplace à quelques mètre, au bord du Rhin : Castrum Rauracense (aujourd'hui Kaiseraugst) ; Puis Basila (Bâle).
     
     (c. 60 BCE) Celtic Tribes of Gaul just before their Conquest by the Romans:
    GERMANIE
      Triboques   Brumath Brocomagus capitale des Triboques jusqu'au IVe siècle, puis Strasbourg
        Strasbourg Argentorate  
    Éburons   Tongres Atuatuca Tingorum (ou Aduatuca) Ambiorix, chef des Éburons s'opposa à Jules César : la cité Atuatuca fut détruite (on ne connaît pas som emplacement exact).
    Son nom est devenu celui d'une nouvelle cité, capitale d'un nouveau peuple, les Tongres. Puis la capitale devient Maastricht, puis Liège.

     

     

    Noms antiques des villes & peuples de l'Aquitaine

    Aquitaine propre
     
      peuple aquitain région ville nom antique remarques
     
      Nitiobroges   Agen Aginnum ou Nitiobriges
          Villeneuve-sur- Lot Excisum  
        Labourd Bayonne Lapurdum  
      Vasates   Bazas Cossium entre Bordeaux et Agen
      Sotiates   Sos   entre Nérac et Mont-de-Marsan
      Gates   Lectoure Lactora sud d'Agen
      Élusates   Éauze Elusa en Armagnac
      Tarbelles   Dax Aquæ Tarbellicæ  
          Lescar Beneharnum Lascurris (Xe)
      Tarusates   Aire-sur-Adour Atura sud-est de Mont-de-Marsan
      Convènes Comminges Saint-Bertrand-de-Comminges Lugdunum même origine que Lyon
      Bigerrions Bigorre Tarbes Tarba  
      Ausques   Auch Elimberris  
     
     Ceremonial Celtic Helmet from III century BC Gaul (Agris-Charente France)
    Empire of Gaul Map 1400:
    Grande Aquitaine
     
      peuple aquitain région ville nom antique remarques
     
      Bituriges Vivisques   Bordeaux Burdigala capitale de l'Aquitaine
          Libourne Condate  
      Bituriges
    Cubes
    Berry Bourges Avaricum  
          Saint-Marcel Argentomagus Indre
          Néris-les-Bains Neriomagus Allier
          Drevant Deruentum Cher
      Santons Saintonge Saintes Mediolanum  
          Angoulême Iculisma ou Ecolisna, fait partie des Santons ou Lémovices ?
      Pictons Poitou Poitiers Limonum  
          Aulnay de Saintonges Aunedonnacum  
      Lémovices Limousin Limoges Augustoritum  
          Chassenon Cassinomagus Charente
          Ahun Acitodunum Creuse
          Évaux-les-Bains Ivaunum Creuse
          Brive Briva Curretia  
      Arvernes Auvergne Clermont-Ferrand Augustonemetum s'appelait à l'origine Nemossos (d'après Strabon), remplace l'ancienne capitale Gergovie (commune de la Roche Blanche)
          Roanne Rodumna  
          Riom Rigomagus  
          Brioude Brivas Haute-Loire
      Vellaves Velay Saint-Paulien Ruessium puis la capitale devient Le Puy
          Le-Puy-en-Velay Anicium  
      Gabales Gévaudan Javols Anderitum puis la capitale devient, au VIe, Mende (certainement lié au culte de Saint Privat dans cette cité)
          Millau Condatomagus  
          Mende Mimate  
      Rutènes Rouergue Rodez Segodunum  
          Albi Albiga  
      Cadurques Quercy Cahors Divona  
      Pétrocoriens Périgord Périgueux Vesunna  

     

    Ne figurent pas sur ce tableau ces peuples d'Aquitaine dont on ignore l'emplacement de leur capitale :
    - les Cocosates, dans la région d'Arcachon (capitale antique : Cocosa était située sur la route Bordeaux-Dax). Mais où se trouve donc Cocosa ?
    - les Sibuzates, dans l'actuel Pays basque (la Soule). Ces deux noms sont-ils apparentés ?
    - les Ptianes, dans l'actuel Béarn.

     Map of Gaul at the time of Julius Caesar (mostly 50s BCE).:

     

     Noms antiques des villes & peuples de la Lyonnaise

      peuple gaulois région ville nom antique remarques
             
    Osismiens   Carhaix Vorgium ou Osismes, dans le Finistère, capitale jusqu'au IVe puis Brest (IVe)
        Brest Osismis correspond peut-être à Gesocribate (sur la table de Peutinger)
    Vénètes Vannetais Vannes Darioritum le peuple porte le même nom que les habitants de la Vénétie (région de Venise)
    Namnètes   Nantes Condevincum ou Condevicnum
    Coriosolites   Corseul Fanum Martis temple de Mars (ce nom a éclipsé celui de la ville) puis transfert à Alet
        Alet Aletum  
    Rédons   Rennes Condate  
    Abrincates   Avranches Ligedia  
    Unelles   Saint-Côme-du-Mont ? Crouciatonnum ou Carentan ? (dans le Cotentin) puis transfert probable à Alleaume, puis Coutances devient la capitale
        Alleaume Alauna commune rattachée au XIXe à Valognes
      Cotentin Coutances Cosedia s'appelle ensuite Constancia, du nom de l'empereur Constance Chlore qui fait fortifier la ville (cf. Konstanz, lac de Constance, en Allemagne)
    Baiocasses Bessin Bayeux Augustoduro  
    Viducasses   Vieux Aragenua sud de Caen, puis rattaché à l'évêché de Bayeux
    Lexoviens Lieuvin Lisieux Noviomagus  
    Sagiens
    Ésuviens
      Sées Voviodunum ? au nord d'Alençon, habitaient le département de l'Orne ; ses habitants portaient le nom d'Ésuviens puis apparaît ensuite celui de Sagiens (IIIe) ; Fontaine-les-Bassets est un site important mais on ignore son nom antique et son rôle. Il s'agit peut-être de deux civitas (Fontaine pour les Ésuviens) qui ont fusionné en une seule. Seul Sées est devenu un évêché.
    Calètes Caux Lillebonne Juliobona puis rattaché à l'évêché de Rouen
    Véliocasses Vexin Rouen Rotomagus  
    Éburovices   Évreux Mediolanum ou Éburoviques, ce peuple fait partie des Aulerques
    Cénomans Maine Le Mans Vindunum ce peuple fait partie des Aulerques
    Diablintes   Jublains Noviodunum à l'est de Mayenne, ce peuple fait partie des Aulerques, puis rattaché au Mans
    Andécaves Anjou Angers Juliomagus  
    Turons Touraine Tours Caesarodunum  
        Clion Claudiomagus  
    Carnutes   Chartres Autricum gué sur l'Eure (Autura)
        Orléans Cenabum ou Genabum Orléans doit son nom à l'empereur Aurélien
        Dreux Durocassium  
    Parisiens   Paris Lutetia Lutetia (ou Lutecia) a été francisé en Lutèce
    Meldes   Meaux Iatinum ou Iantinum
    Sénons Sénonais Sens Agedincum  
        Melun Metlosedum  
        Auxerre Autessiodurum cité des Sénons ou des Éduens ?
    Éduens Autunois Autun Augustodunum Autun remplace l'ancienne capitale Bibracte (située sur le Mont Beuvray)
        Chalon sur Saône Cabillonum  
        Mâcon Mastico  
        Nevers Nevirnum ou Nivernum
        Entrains sur Nohain Intaranum dans la Nièvre
    Mandubiens   Alise Sainte Reine Alesia Alésia était situé sur le Mont-Auxois
    Ségusiaves Forez Feurs Forum Segusiavorum puis rattaché à Lyon
      Lyonnais Lyon Lugdunum

    colline de Fourvière, capitale de la Lyonnaise

            Condate quartier de la Croix-Rousse (au nord du confluent entre Saône et Rhône)

      

     Ne figurent pas sur ce tableau :

    - les Boïens, rameau d'un autre peuple qui a donné son nom à la Bohème (et aussi certainement à la Bavière). Ils se sont installés entre l'Allier et la Loire. Leur cité principale s'appelait Gorgobina (où se trouve donc cette cité ?)


    - les Blannoviens, cités par César, sont clients des Éduens. Où vivaient-ils ?

     

     

     gaul vercingetorix | CEASAR'S CONQUESTS

     

      peuple gaulois ville nom antique remarques
     
    Allobroges Vienne Vienna habitent en Savoie et Bas-Dauphiné (voir site)
        Grenoble Cularo deviendra Gratianopolis, d'où le nom actuel
        Aix-les-Bains Aquæ ou Vicus Aquensis
        Annecy Boutæ sur la plaine des Fins, confluent du Fier et du Thiou
        Aoste Augusta dans le département de l'Isère
        Genève Genava ou Genua
     
    Volques
      Arécomiques Nîmes Nemausus  
        Uzès Ucetiæ  
        Lattes Latara ou Lattara
      Tectosages Narbonne Narbo Martius  
        Béziers Bæterræ  
        Carcassonne Carcasso ou Carcasum
      Tolosates Toulouse Tolosa  
     
    Sordes Château-Roussillon Ruscino les comtes de Roussillon ont donné leur nom de la cité au territoire, puis transfert (évêché) à Elne
        Elne Illiberis cité celtibère, devient Castrum Helenae, en l'honneur de la mère de Constantin, Hélène, d'où le nom actuel
     
    Salluviens Aix-en-Provence Aquæ Sextiæ ou Salyens (orthographe d'origine grecque) du Rhône au Var. Entremont était leur capitale (voir site) détruite par les Romains qui ont construit à côté la ville d'Aix
        Arles Arelate  
        Beaucaire Ugernum  
        Tarascon Tarusco  
        Saint-Rémy Glanum cité édifiée par les Romains
        Toulon Telo Martius port
        Fréjus Forum Julii en l'honneur de Jules (César)
     
    Voconces Vaison-la-Romaine Vasio les Voconces constituent une petite confédération qui s'étend dans les hautes vallées de la Drôme, l'Aygues, l'Ouvèze, jusqu'à la Durance. Au Ier siècle, se spérent Gap (Avantici), au IIe Sisteron (Sogiontii), au IIIe Vaison.
        Luc-en-Diois Lucus considérée comme une autre capitale, puis transfert à Die (20 km en aval) qui devient capitale (IIe)
        Die Dea Augusta Vocontiorum lieu de culte en l'honneur de la déesse Andarta
        Gap Vapincum  
        Sisteron Segustero  
     
    Cavares Orange Arausio rive gauche du Rhone (Drôme et Vaucluse)
        Avignon Avennico  
        Cavaillon Cabellio  
        Apt Apta Julia  
      Mémines Carpentras Carpentorate puis la capitale devient Vénasque (Ve) puis de nouveau Carpentras (X-XIIe)
        Vindisca Venasque a donné son nom au Comtat Venaissin
      Tricastins Saint-Paul-Trois-Châteaux Augusta Tricastinorum le nom vient d'une confusion avec tri(a) castr(a) : trois châteaux
    la région porte le nom de Tricastin
    Helviens Alba-la-Romaine Alba en Ardèche, transfert de la capitale à puis Viviers (IVe)
    le nom de la ville s'écivait autrefois Aps, puis Alba (début XXe) puis Alba-la-Romaine (fin XXe)
        Viviers Vivarium d'où le nom de la région, le Vivarais
     
     
     noms antiques des villes & peuples de la Narbonnaise


      Dates essentielles  
    -600 (environ) les Phocéens fondent Massalia (Marseille)
    -154 les Massaliotes, menacés par des peuples celto-ligures demandent l'aide de Rome qui commence à s'implanter dans la région.
    -125 devant une nouvelle menace des Salluviens, Marseille fait une nouvelle fois appel à Rome.
    -122

    les Romains créent la Provincia avec Narbonne comme capitale. Marseille (et ses dépendances) n'en fait pas partie : elle demeure indépendante. La Provincia a donné son nom à la Provence

     

     

     

     

    Vercingetorix - king of the Gauls:

     

    Cités fondées par les Grecs de Phocée puis de Massalia

      ville nom grec alphabet latin remarques
           
    Marseille Μασσαλία Massalia ses habitants sont les Massaliotes
    Nice Νίκαια Nicæa de νίκη [nikê] : la victoire (même origine que la cité de Nicée) voir histoire de Nice
    Antibes Αντίπολις Antipolis ville (polis) d'en face (anti)
    Hyères Ολβία Olbia

     

     

     Noms antiques des villes & peuples des Alpes

    Division des Alpes
    Les Alpes étaient divisées en 4 régions, du sud au nord :
    -les Alpes Maritimes
    -les Alpes Cottiennes (haute Durance & haut Piémont)
    -les Alpes Grées (Savoie orientale & Val d'Aoste)
    -les Alpes Pénnines (Valais)

    à l'origine, les Alpes maritimes s'étendaient au-delà du Loup (situé à quelques kilomètres à l'ouest du fleuve Var). Son chef-lieu est Cimiez (aujourd'hui fait partie de la ville de Nice).


    En 297, les Alpes maritimes s'agrandissent et s'étendent jusqu'à Digne et Briançon, son chef-lieu devient Embrun.

     

     
      peuple alpin ville nom antique remarques
     
    ALPES MARITIMES
      Védiantiens Cimiez Cemenelum Cimiez est aujourd'hui un quartier de Nice
        Monaco Portus Herculis Monoeci  
      Nérusiens Vence Vintium  
     
        Glandève Glanate commune d'Entrevaux, quartier du Plan (Notre Dame de la Seds)
      Vélauniens ? Briançonnet Brigomagus autrefois Briançon, puis appelé Briançonnet, civitas rattachée ensuite à Glandève
      Santiens Senez Sanitium  
      Suétriens Castellane Salinae la cité antique se situe dans l'actuel quartier du Plan, évêché puis transfert à Senez
        Thorame-Haute Eturamina évêché puis transfert à Senez
     
     
    ALPES COTTIENNES
      Caturiges Chorges Caturigomagus civitas puis rattaché à Embrun, ville frontière avec la Provincia
        Embrun Eburodunum même origine que Évreux et Yverdon
      Brigianiens Briançon Brigantio ou Brigantium
      Quariates     a donné son nom au Queyras
      Savincates Faucon-de-Barcelonnette Rigomagus on estime que Faucon est l'emplacement de Rigomagus
        Méolans Mediolanum  
     
     
    ALPES GRÉES
      Ceutrones Aime Axima puis transfert à Moûtiers
        Moûtiers Darantasia  

     

    Les menhirs corses
    Les menhirs, terme breton, portent en Corse le nom de stazzone ; les alignements sont des filarate ; la Corse compte environ 80 statues-menhirs, les paladini, dont une grande partie se trouve à Filitosa (au sud de l'île)




     
    site de Filitosa : cliquer sur les paladini pour agrandissement

    carte de la Corse : emplacements de tous les stazzone (cliquer sur le nom pour voir la photo)

     
    Des Grecs aux Aragonais
      vers -565 Les Phocéens fondent Alalia (côte est) sur l'île qu'ils appellent Κύρνος (Kyrnos, Cyrnos)
    (ils ont aussi fondé Marseille vers -600)
    vers -452 Les Syracusains (de Sicile) s'installent sur l'île.
    vers -270 Puis c'est au tour des Carthaginois (aujourd'hui la Tunisie).
    vers -259 Les Romains ne peuvent tolérer des Cathaginois si proches d'eux : ils conquièrent l'île. Alalia devient Aleria, capitale de l'île qu'ils appellent Corsica (c'est le nom que les autochtones lui donnaient)
    vers 420 Les Vandales mettent Aleria en ruines.
    fin VIIIe La papauté considère la Corse comme partie du territoire pontifical, qui s'étend de Venise à Bénévent... en théorie ! Le pape tentera de jouer un rôle d'arbitre en accordant la souveraineté de l'île à ses alliés du moment.
    VIIIe-Xe Les raids de Sarrasins (appelés aussi Maures) ravagent la Corse. Comme les Carthaginois au temps de Rome, les Génois et les Pisans ne peuvent supporter que leur commerce soit troublé par des bateaux qui ont des bases en Corse. Gênes et Pise partagent leur souveraineté sur la Corse (à l'avantage de Pise dans un premier temps)
    fin XIIIe Pise s'efface devant Gênes
    début XVe Le pape accorde la souveraineté de l'île au roi d'Aragon qui est déjà souverain de la Sardaigne. Il devient alors l'éphémère Roi de Corse, secondé par un vice-roi, le Corse Vincitello d'Istria ; le drapeau à la tête de Maure fait alors son apparition sur l'île.
    Le vice-roi finit décapité et Gênes reprend la souveraineté sur l'île.
     
     
     
     
    La Corse de Paoli et Bonaparte
      6 avril 1725 Naissance de Pasquale Paoli à Morosaglia (près de Corte) ; à 14 ans, il suit son père en exil à Naples et restera en Italie plus de 14 ans.
      Pascal Paoli
       
    14 juillet 1755 Paoli devient Général de Corse : il voudra faire de la Corse un état moderne autonome, en faisant de Corte sa capitale ; mais son autorité restera limitée aux régions montagneuses de l'île et n'atteindra pas le littoral.
    8 mai 1768 Traité de Versailles : Gênes offre la souveraineté à la France, en échange d'un dédommagement (cependant, selon ce traité, Gênes peut retrouver sa souveraineté quand elle le désire, à condition de rembourser la France).
    19 juin 1769 Bataille de Ponte-Nuovo : les Français battent Pasquale Paoli (lâché par une majorité de Corses). Paoli part en exil en Angleterre.
    15 août 1769 Naissance de Napoleone Buonaparte, à Ajaccio. La famille Buonaparte est d'origine génoise (et non toscane comme le prétendait le père de Napoléon)
      Napoléon Bonaparte
       
    14 juillet 1789 Prise de la Bastille, la France entre dans la Révolution
    30 novembre 1789 La Corse fait officiellement partie de la France
    (Gênes n'a désormais plus aucun droit)
    14 juillet 1790 Paoli, surnommé le Babbu, considéré comme un héros de la résistance face à la tyrannie des rois, débarque au Cap Corse, après plus de 20 ans d'exil. Il déclare :
    "ô ma patrie, je t'ai laissée esclave, je te retrouve libre."
    Il devient Président du Département.
    septembre 1792 Paoli refuse la candidature de l'aîné des Buonaparte comme député de Corse : début de la rupture entre Paoli et Buonaparte
    mai 1793 Paoli prend ses distances avec la Convention qui sème la Terreur : la Corse voit s'affronter les pro- et antirévolutionnaires.
    Exil de la famille Buonaparte en France.
    17 juillet 1793 Paoli est mis hors la loi, considéré comme un traître à la République
    15 juin 1794 La Corse rompt tout lien politique et social avec la France. Paoli offre la Corse aux Anglais, estimant qu'il bénéficiera d'une protection et d'une relative indépendance. L'Angleterre a alors à sa tête un Premier ministre, William Pitt, farouchement antirévolutionnaire, et un Roi, George III, à moitié fou.
    Le roi d'Angleterre devient alors Roi de Corse et nomme Gilbert Elliot, Vice-roi, qui se débarrassera de... Paoli en le renvoyant en Angleterre, où il vivra jusqu'à sa mort, en 1807.
    mai 1796 Le général Bonaparte (il vient de franciser son nom) gagne ses premières victoires en Italie contre les Piémontais-Sardes et les Autrichiens, il est acclamé comme le libérateur de l'Italie.
    La Savoie et le Comté de Nice deviennent français.
    octobre 1796 Napoléon Bonaparte ne peut tolérer des Anglais en Corse ! Ne voulant pas risquer une guerre, les Anglais préfèrent se retirer de la Corse qui redevient française.
    9 nov. 1799 Le général Bonaparte s'empare du pouvoir le 18 brumaire de l'an VIII : c'est un Corse qui devient en 1802 le premier empereur des Français
    30 avril 1803 Napoléon vend la Louisiane aux États-Unis (qu'il vient de récupérer du roi d'Espagne), sans demander le consentement de ses habitants.
    25 mai 1805 Gênes fait partie, comme la Corse, de l'Empire français.
       
    1860 Alors que l'Italie cherche à s'unifier, certains Italiens pensent que la Corse pourrait redevenir italienne. Mais les Corses ne s'intéresseront pas à l'Italie et resteront tournés vers la France dont le trône est alors occupé par un fils de Corse.

     

     

    L'île de Cyrnos

    par Strabon
    (Στράβων)
    (géographe grec du Ier siècle)

     

     

     

    Ἡ δὲ Κύρνος ὑπὸ τῶν Ῥωμαίων καλεῖται Κορσίκα. Οἰκεῖται δὲ φαύλως τραχεῖά τε οὖσα καὶ τοῖς πλείστοις μέρεσι δύσβατος τελέως ὥστε τοὺς κατέχον τας τὰ ὄρη καὶ ἀπὸ λῃστηρίων ζῶντας ἀγριωτέρους εἶναι θηρίων. Ὁπόταν γοῦν ὁρμήσωσιν οἱ τῶν Ῥω μαίων στρατηγοὶ καὶ προσπεσόντες τοῖς ἐρύμασι πολὺ πλῆθος ἕλωσι, τῶν ἀνδραπόδων ὁρᾶν ἔστιν ἐν τῇ Ῥώμῃ καὶ θαυμάζειν, ὅσον ἐμφαίνεται τὸ θηριῶδες καὶ τὸ βοσκηματῶδες ἐν αὐτοῖς· ἢ γὰρ οὐχ ὑπομένουσι ζῆν ἢ ζῶντες ἀπαθείᾳ καὶ ἀναισθησίᾳ τοὺς ὠνησαμέ νους ἐπιτρίβουσιν, ὥστε καίπερ τὸ τυχὸν καταβαλοῦ σιν ὑπὲρ αὐτῶν ὅμως μεταμέλειν. Ἔστι δ´ ὅμως οἰκή σιμά τινα μέρη καὶ πολίσματά που Βλησίνων τε καὶ Χάραξ καὶ Ἐνικονίαι καὶ Ὀυάπανες. L'île de Cyrnos que les Romains nomment Corsica, est un pays affreux à habiter, vu la nature âpre du sol et le manque presque absolu de routes praticables, qui fait que les populations confinées dans les montagnes et réduites à vivre de brigandages, sont plus sauvages que les bêtes fauves. C'est ce qu'on peut du reste vérifier sans quitter Rome, car il arrive souvent que les généraux romains fassent des descentes dans l'île, attaquent à l'improviste quelques une des forteresses de ces barbares et enlèvent ainsi un grand nombre d'esclaves ; on peut alors observer de près la physionomie étrange de ces hommes farouches comme les hommes des bois ou abrutis comme les bestiaux, qui ne supportent pas de vivre dans la servitude, ou qui, s'ils se résignent à ne pas mourir, lassent par leur apathie et leur insensibilité les maîtres qui les ont achetés, jusqu'à leur faire regretter le peu d'argent qu'ils leur ont coûté. Il y a cependant certaines portions de l'île qui sont, à la rigueur, habitables, et où l'on trouve même quelque petites villes, telles que Blésinon, Charax, Eniconiæ et Vapanes.




    Géographie, Livre V, 7

     

     

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    La mystérieuse carte Viking documentaire complet

     

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    Est-il possible que l'île de Terre-Neuve figure sur une carte de 1440,

    alors que Christophe Colomb ne découvrira l'Amérique que cinquante ans plus tard ?

    Le document est-il l'oeuvre d'un faussaire ou un témoignage inestimable ?

     

    vinland-carte

     

    Cette question alimente une polémique qui se poursuit depuis l'apparition, voilà près de soixante ans, d'une carte que l'on suppose dressée en Suisse vers 1440, où figure Terre-Neuve (la grande île canadienne), baptisée Vinland. Soupçonnée d'être un faux, cette carte a été réhabilitée par une série d'examens physiques et chimiques.La carte est conservée à l'université Yale (New Haven, Connecticut).

     

    L'explication la plus vraisemblable, c'est que les informations qui ont permis l'établissement de cette «carte du Vinland» ont été transmises par les Vikings ­ ce terme, d'origine inconnue, désigne les conquérants scandinaves du VIIIe au XIe siècle. Ils colonisèrent le Groenland et l'Islande, soumirent les îles britanniques, pillèrent les côtes de France, chassèrent de Normandie les suzerains francs, écrasèrent les Slaves, prirent Kiev, enfin assiégèrent Constantinople, capitale de l'Empire byzantin.

     

    A bord de leurs knorr, navires au long cours à rames et à voiles, les Vikings sillonnèrent l'Atlantique nord. En 996, ils atteignirent l'Amérique du Nord, où ils se heurtèrent aux autochtones ­ qu'on appellera plus tard les Indiens. Marins hors pair, ils n'utilisaient pas la boussole, mais s'orientaient sur le Soleil et sur l'Etoile polaire.

     

    L'histoire de la carte du Vinland commence dans les années 50. Un Italien, Enzo Ferrajoli de Ry, qui parcourt l'Europe à la recherche de vieux manuscrits, en a laissé un lot en dépôt chez le libraire genevois Nicolas Rauch. A l'époque, on peut encore acquérir facilement et à bas prix ce genre de documents. En 1957, un marchand américain de livres anciens, Laurence C. Witten, découvre les ouvrages de Ferrajoli chez son collègue suisse. Il en achète plusieurs pour 3 500 dollars, dont un mince volume de 28,5 cm sur 21 cm.

      

    C'est l'Histoires des Tartares (Historia Tartarorum), transcrite par un frère franciscain, C. de Bridia, d'après le récit que le frère Jean du Plan Carpin (1182-1252) fit à son retour de Mongolie, où il avait été envoyé par le pape Innocent IV comme légat auprès du khan mongol Guyuk en 1246.

     

    L'Histoires des Tartares constitue la plus ancienne description européenne de l'histoire et de la géographie de l'Asie centrale. La carte du Vinland, qui se trouvait reliée dans le volume, fut vraisemblablement dessinée par un cartographe pour illustrer cette copie de l'Histoires des Tartares.

     

    L'Histoires des Tartares est rédigée en latin, dans une écriture cursive gothique que Witten date du XVe siècle. Selon lui, il est exclu que les 1 450 lignes du texte et les légendes de la carte soient un faux. L'authenticité du manuscrit sera confirmée par la suite.

     

    De retour aux Etats-Unis, Witten a l'occasion de voir un autre manuscrit dont l'écriture et le format sont semblables à ceux de l'Histoires des Tartares. C'est un extrait du Miroir de l'histoire (Speculum historiae) de Vincent de Beauvais (1190-1246), une encyclopédie des connaissances et une chronique historique. Witten l'emprunte, le compare avec l'Histoires des Tartares, constate que le style, le format, le papier et le parchemin intercalé dans les cahiers de papier sont identiques. Dans les deux ouvrages, le papier porte un filigrane représentant une tête de taureau.

      

    La carte du Vinland, elle, est dessinée sur un parchemin (peau de porc, de mouton ou de chèvre préparée pour l'écriture) plié en son milieu. Witten constate en outre que l'emplacement des quelques minuscules trous de vers dans la carte du Vinland correspond précisément à celui des trous dans les premières pages du Speculum.

     

    De toute évidence, l'Histoires des Tartares de Carpin et le Speculum de Vincent de Beauvais ont, dans le passé, formé un seul et même codex (livre). On devait apprendre plus tard que le Speculum, tout comme l'Histoires des Tartares, avait été mis sur le marché par Ferrajoli.

     

    Peu de temps après, Ferrajoli est arrêté en Espagne et emprisonné. Il est accusé d'avoir volé des livres et des manuscrits à la cathédrale de Saragosse.

      

    Il sera libéré au bout de quelques années, mais refusera de révéler à Witten l'origine de l'Histoires des Tartares et de la carte du Vinland qui y était reliée. On sait toutefois que le livre ne figure pas sur la liste, établie par le gouvernement espagnol, des ouvrages dérobés à la cathédrale.

     

    Beinecke Library interiorEn 1959, un ancien étudiant de Yale, Paul Mellon, achète la carte et le Speculum pour les offrir à son université. En 1964, après avoir étudié les ouvrages, trois experts reconnus, dont le Dr George D. Painter, du British Museum, s'accordent sur l'authenticité de la carte.

     

    L'université Yale décide de la publier dans un ouvrage qui contient un fac-similé de l'Histoires des Tartares ­ assorti d'une traduction commentée. Sa publication allume la controverse :

      

    la carte est-elle authentique ? En 1966, lors d'une conférence à la Smithsonian Institution, centre de recherches et musée de Washington, plusieurs spécialistes suggèrent qu'on analyse chimiquement l'encre de la carte. Peu après la conférence, Enzo Ferrajoli meurt d'une crise cardiaque, sans avoir révélé comment il s'était approprié les manuscrits et la carte, ni où.

     

    L'étude chimique est confiée à un laboratoire indépendant de Chicago, dirigé par Walter C. McCrone. Il effectue vingt-neuf prélèvements de microparticules sur les surfaces encrées de la carte. Révélés en 1974, les résultats font l'effet d'une bombe :

      

    McCrone a identifié dans l'encre « jusqu'à 50 % d'anatase, une forme cristalline de dioxyde de titane, rare dans la nature, produit artificiellement pour la première fois en 1917, et qui ne fut pas disponible commercialement en tant que pigment avant 1920 » . Il est donc peu plausible qu'un pigment du XVe siècle contienne une telle quantité d'anatase. Yale admet que la carte pourrait être un faux.

     

    George D. Painter, le seul survivant des trois experts initiaux, n'est nullement convaincu. En 1985, la carte est confiée à l'université Davis, en Californie, où le Crocker Nuclear Laboratory utilise un système d'analyse reposant sur le bombardement d'échantillons par un générateur de protons.

      

    La méthode, dite PIXE (Particle Induced X-ray Emission), permet d'identifier et de quantifier chaque élément contenu dans un échantillon grâce à l'analyse des rayons X émis sous le bombardement par les protons.

      

    On va ainsi examiner 159 échantillons, non seulement des surfaces encrées mais aussi du papier et du parchemin. Résultat annoncé par Thomas A. Cahill, physicien responsable du projet : le contenu en titane est de 5 000 à 10 000 fois moins élevé que celui qu'avait rapporté McCrone.

     

    Rien ne s'opposait plus à ce que l'ouvrage fût daté de 1440-1450 : le taux de titane de l'encre utilisée pour dessiner la carte était moins important que celui de l'encre d'impression de la Bible de Gutenberg (vers 1455) et d'autres documents de l'époque. Le système PIXE permet également d'identifier d'autre éléments ­ fer, zinc, cuivre, nickel, strontium, cobalt et plomb, et l'on peut constater que leur taux dans la carte du Vinland est tout à fait comparable à celui d'autres manuscrits du Moyen Age.

     

    Quant à la bibliothèque de Yale, elle souligne la difficulté qu'il y aurait eu à falsifier l'Histoires des Tartares, dont le texte est indéniablement écrit sur du papier du XVe siècle, d'une encre composée d'ingrédients couramment utilisés à l'époque. Un faussaire aurait dû disposer de plusieurs feuilles vierges de papier d'époque, posséder une connaissance parfaite de l'écriture, du style, de la langue, sans parler du génie nécessaire à la rédaction d'un texte aussi fascinant et historiquement correct que l'Histoires des Tartares.

     

    En se fondant sur le style, la structure des textes et le graphisme, les bibliothécaires de Yale indiquent même l'origine probable des manuscrits : vraisemblablement la cité de Bâle (Suisse), l'un des rares lieux du monde où aurait pu se retrouver un document associant le récit d'une expédition en Asie, un texte historique du Moyen Age et une carte d'origine nordique.

     

    L'histoire des explorations vikings est aujourd'hui assez bien connue grâce aux sagas nordiques, mélanges d'histoires et de légendes, transmises d'abord oralement de génération en génération, puis assez vite transcrites ; elles permettent, par recoupements, de dater les événements avec une assez bonne précision.

      

    Les deux principaux textes relatant la découverte de l'Amérique sont des recueils de légendes le Récit des Groenlandais et la Saga d'Erik le Rouge.

     

    220px-Erik le rougeErik Thorvaldsson Raudi, dit Erik le Rouge, est né vers 940 dans une ferme du sud-ouest de la Norvège.

      

    Dès sa jeunesse, il est connu pour son caractère violent. Banni pour meurtre vers l'âge de 32 ans, il met à profit le délai de grâce qui lui est accordé pour armer un knorr et trouver un équipage. Il part en direction de l'ouest, atteint l'Islande, puis le Groenland (le «pays vert» , ainsi qu'il le baptise lui-même), où il s'installe vers 982. Il attire d'autres immigrants, qui forment bientôt une colonie de près de 200 fermes.

      

    On y exploite des produits de négoce recherchés en Europe : eiders pour le duvet des édredons, faucons blancs pour la chasse, fourrures d'ours polaires. Groenland et Islande deviennent des comptoirs florissants.

     

    Le premier européen né en Amérique

     

    En 985, un Viking islandais, Bjarni Herjolfsson, qui veut rejoindre son père au Groenland, est emporté par la tempête vers une terre située plus à l'ouest, bordée de plages et couverte de forêts. Il ne s'y arrête pas, et fait demi-tour pour aller retrouver son père.

     

    Vers l'an 1000, Bjarni raconte son histoire au fils d'Erik le Rouge, Leif Eriksson, dit l'Heureux, et lui vend son navire. Leif prend la mer avec une trentaine d'hommes et découvre une île qu'il va appeler le Vinland, parce la «vigne» y croît en abondance.

      

    Il ne s'agit pas de raisin ­ qui ne pousse pas dans ces contrées nordiques ­ mais sans doute de diverses baies qu'on trouve encore à Terre-Neuve.

      

    Erik le Rouge meurt vers 1010, peu après le retour de Leif au Groenland. Leif assume la charge de chef de famille. C'est son frère Thorvald qui va repartir pour explorer la côte du Vinland, où il périt dans une escarmouche avec les autochtones, probablement des Indiens Algonquins ou des Esquimaux.

     

    drakkar-vikingEn 1009, un autre Viking, Thorfinn Karlsefni, dit le Vaillant, avait décidé de fonder une colonie au Vinland. A bord de trois navires, il y conduit 250 personnes et des animaux domestiques.

      

    Son épouse met au monde un fils, Snorri, le premier enfant européen né en Amérique. Au bout de deux années, harcelés par les Skraelings (ces autochtones qu'ils qualifient de « scélérats repoussants, aux cheveux sales, aux yeux agrandis et à la face large » ), les Vikings renoncent à leur tentative de colonisation et rentrent chez eux.

     

    Le lieu de cette tentative n'est pas connu avec certitude, pas plus que ceux d'autres régions mentionnées dans les sagas - le Markland, où le bois était abondant (peut-être le Labrador), et le Helleland, décrit comme une terre inhospitalière.

     

    Le seul site archéologique où subsistent des vestiges indubitablement vikings est l'anse aux Meadows, à la pointe la plus septentrionale de Terre-Neuve. On y a retrouvé les fondations de vastes maisons en pierre (parfois longues de 36 m) caractéristiques de l'habitat viking en Islande et au Groenland, des pierres ayant servi à leur construction, une forge, une enclume... 

     

     

     

     

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